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Jeudi 09 Février 2012Art-scène

 Lucian Freud - L’atelier

Lucian Freud - L’atelier

Lucian FREUD

du 10 mars au 10 juillet 2010 Centre Pompidou - Paris

Et ta critique ?




 

L'Enfer du décor.

 

Si, par une alchimie dont le Texte Sacré ne fournit pas la recette, le Verbe s'est fait Chair, c'est bien sous le pinceau de Lucian Freud qu'on peut le vérifier.
 
Mieux encore, le Verbe s'y est fondu, confondu, dissout. La Chair a vaincu. Elle est tout ce que nous sommes, corps et âme, artificiellement dissociés par les littératures, mais réellement une seule et même chose: la matière. En ce temps où la peinture véhicule idées et concepts, privilégie la ligne ou la couleur, l'espace ou le geste, Lucian Freud peint sur toile, avec ses brosses, ses couleurs, des hommes et des femmes lourds de chair dans leur nudité brute, cruelle peut-être, crue assurément.
 
Ce sont corps au repos souvent, après on ne sait quel effort, celui de vivre? L'amour ? Car le repos n'est jamais paisible. Il est amertume, déception, fatalité. Il n'est point d'issue au corps, sauf la mort. Et s'il s'expose, parfois en majesté, c'est la solitude même des autoportraits scrutateurs.
 
Que la peinture soit chair, volonté que Lucian Freud a exprimé lui-même, exclue la peau. Volume, grain, épaisseur, traits quelquefois proche de la caricature, voilà ce qui fonde son réalisme, et tout ce qui le diffère des hyperrréalistes d'antan.
 
Ses toiles donnent une place aux plantes vertes, vieillissantes, bientôt fanées, à un petit chien étique, un sofa, des fauteuils, ce qui entoure le peintre puisque nous sommes dans son atelier... Que voient-on encore? Les arrières cours d'immeubles, encombrées de déchets, des lavabos usés aux robinets fuyants, des scènes d'intérieurs dépouillées, surprises dans leur vacuité, nues, comme le Roi, et nous tous, sommes toujours nus, lorsque nous sommes...
 
Envers du décors que Lucian Freud transfigure en enfer du décors pour cette existence transitoire qui est la nôtre. Tient-il cela de son grand-père pour lequel l'envers commandait à l'endroit, les décors dissimulant la brutalité du désir, les tourments de la chair dont nous sommes hantés depuis les cavernes ?
PS: Retrouvez un regard différent sur cette expo : ici.


Gilbert Provaux

© Etat-critique.com - 07/06/2010