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Jeudi 24 Mai 2012Cinéma

 Lovely Bones

Lovely Bones

Peter JACKSON

Avec Saoirse Ronan, Stanley Tucci, Mark Whalberg et Rachel Weisz - Paramount - 10 février 2010 - 2h08

Et ta critique ?




Film jumeau de Créatures célestes, Lovely Bones propose une vision onirique de l'horreur la plus cruelle. Peter Jackson se répète mais reste sincère.


Aujourd'hui Peter Jackson, c'est LE réalisateur du Seigneur des anneaux et de King Kong. C'est l'homme qui a produit District 9 et qui fera forcément l'événement avec les aventures de Tintin et le retour de Bilbo le Hobbit.

Il y a une décennie, il était juste un petit auteur de séries B bien gore et d'un étrange film, Créatures célestes. On y voyait deux jeunes filles assassinaient la mère de l'une d'entre elles. Le point de vue était baroque, loufoque et culotté (et il révélait la jeune Kate Winslet).

Lovely Bones part du même principe: raconter une sombre histoire avec le maximum de couleurs et de formes. Son nouveau film (un petit budget de 35 millions de dollars) est une chronique méticuleuse du meurtre d'une jeune fille 14 ans, Suzie Salmon.

La scène de l'assassinat est une belle leçon de cinéma avec des idées de mise en scène fortes et un malaise qui risque d'en bousculer plus d'un. Il y a deux ou trois autres scènes où Jackson prouve qu'il sait encore distiller un suspense compact et rude.

La jeune fille, morte, est au purgatoire ou un entre deux pour narrer son assassinat. Elle peut voir le stratagème du psychopathe. Elle découvre la réaction de son père et de sa mère. Elle devine sa soeur grandir avec une détermination étonnante. Elle constate quelques vérités chez sa grand mère alcoolique. Elle regarde son entourage faire face à sa terrible disparition.

Peter Jackson propose une vision de l'au delà assez ignoble: une bouillie d'effets spéciaux aux couleurs saturés qui ne donnent pas du tout envie de croire au paradis.

Ce sont les scènes les plus faibles du film, version bourgeoise de Créatures célestes. Tout comme celles avec Stanley Tucci, habile comédien obligé d'en faire trois tonnes ici pour interpréter le meurtrier de la jeune fille (troublante car c'est une version ado de Sylvie Testud). Quelle drôle d'idée de lui mettre des lentilles de contact et de le teindre en blond!

Il ne reste pas grand chose à voir alors? Jackson est plus à l'aise avec la douleur de la famille (grand sujet caché du cinéaste). Il sait être délicat pour suggérer les petits arrangement de chacun avec la morte.

ll gère l'aspect (très) glauque de l'histoire: finalement on lui excuse les nombreuses erreurs esthétiques (Mark Whalberg et sa belle tignasse) et quelques passages un peu trop américains et moralement douteux.

L'ésotérisme et l'onirisme malmènent nos habitudes et ce n'est pas un mal. Bien installé à Hollywood, le cinéaste tente encore des choses. Il se trompe souvent mais on sent encore une vraie sincérité et une envie de cinéma.



Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 17/02/2010