Prenez exclusivement d’excellents morceaux nobles, coupez-les n’importe comment avec une lame élimée, faites mijoter en rajoutant des restes, n’oubliez pas de trop saler, et voilà ! Bon appétit les gogos !
L’envie est grande de placer chaque titre de cette play-list entre guillemets : "Because", "Get back", etc. tant cet indigeste mix est indigne, avec ses "nombreux effets sonores et bruitages provenant de morceaux divers" (sic) qui viennent grossièrement dénaturer, sans aucun respect, un nectar de quarante ans d’âge…
Remarquez, on ne sait pas pourquoi on s’énerve.
On sait bien que cette compilation a été fabriquée pour servir de bande son à un spectacle du Cirque du Soleil, qui sévit toujours à Las Vegas aujourd'hui...
Et puis les deux veuves et les deux survivants, complices de la première heure, ont trouvé ça génial… Où est le temps où les fab four s’insurgeaient quand leur œuvre était compilée sans queue ni tête ?
It was fourty five years ago today : Capitol sortait aux Etats-Unis "The Beatles, Yesterday and Today", une compilation mêlant des chansons de plusieurs albums sans réelle cohésion. En réaction, les quatre de Liverpool fournissent pour la pochette une photo d’eux-mêmes en tenue de boucher, avec sur les genoux des poupées-baigneurs étêtées mêlées à des morceaux de viande… Histoire de dire "arrêtez de massacrer nos bébés". D’abord édité telle que, la sanguinolente "butcher cover" fera bien entendu rapidement scandale et sera censurée, remplacée par une photo plus anodine, collée par-dessus le premier tirage (certains la décolleront à la vapeur pour récupérer l’original… coté actuellement au moins 10 000 $).
Et tout ça juste pour une liste de morceaux inadéquate !
Alors quand en 2006 George Martin, pervers pépère, se met à nous mixturer du Hard-Days-Night-The-End-Get-Back, du Black-Bird-Yesterday, du Drive-My-Car-What-Your-Doing-The-Word, du Stawberry-Fields-Penny-Lane-In-My-Life-Piggies-Hello-Goodbye… sans parler du Gnik Nus (Sun King à l’envers… eh oui les amis ! Génial, pas vrai ? Et même pas beau, en plus !), on ne comprend plus rien.
On reste plus que perplexe. On a peur. On pense à tous ces malheureux qui vont découvrir les Beatles par l’entremise de ce carnage de supermarché. Et on se dit que c’est dommage . Et on se dit que c’est le signe d’une époque tellement à court d’idées qu’elle n’hésite pas à recycler ses trésors pour mieux les brader.
Et je on se dit qu'on est peut-être en train de devenir des vieux cons. Et on s'en fout .
Allez, on a bien mérité une petite face B d’"Abbey Road" pour se remettre…
Et qu'on admette une fois pour toutes que c'était bien ça le vrai point d'orgue de ce groupe éblouissant.