Pour leur troisième film, Gustave Kervern et Benoît Delépine signent un road movie anar qui se coltine à quelques sujets sensibles (économie, sexualité...) avec le mauvais esprit salvateur qui les caractérise.
Plusieurs pré-requis sont nécessaires au visionnage de Louise-Michel, le nouvel opus commis par le duo Grolandais Gustave Kervern et Benoît Delépine.
Le premier est une conscience sociale exacerbée qui persiste à s’indigner des pratiques dévoyées d’une frange haïssable du genre humain : le patron cynique qui organise un “pot de l’amitié” à l’occasion de la remise de blouses neuves à ses ouvrières le vendredi... et profite du week-end pour déménager son usine en Pologne ou ailleurs. Histoire vraie dont se sont emparés Kervern et Delépine pour lesquels “un film ne [peut] pas être totalement gratuit et vain.”
Le deuxième est un goût prononcé pour les raisonnements extrêmes qui amènent les ouvrières spoliées à mettre en commun leurs économies pour s’offrir les services d’un tueur à gages chargé de les venger en trucidant le patron voyou.
Le troisième est une adhésion sans faille à l’humour si particulier des trublions hébergés par Canal+ depuis une dizaine d’année. En l’espèce, deux personnages violemment atypiques incarnés par Yolande Moreau et Bouli Lanners, acteurs hors du commun, capables d’endosser les rôles les plus improbables avec une aisance et un naturel confondants. Y compris quand le “naturel”, justement, est un peu malmené par les destins tragiques de ces deux antihéros.
Que ceux qui ont répondu “oui” aux trois questions pénètrent dans la salle obscure. Et que les autres passent leur chemin !
Faire partie de la première catégorie, c’est avoir le plaisir de découvrir un film à l’humour noir et frappadingue qui trace sa voie à des années-lumière des scénarii convenus et politiquement corrects qui composent l’ordinaire du cinéphile. Pas de tabou ni de censure pour Kervern et Delépine. Seulement la volonté d’aller au bout d’une poignée d’idées fortes qui atteignent leur cible d’autant plus efficacement qu’elles sont ancrées dans une réalité crue. Le grotesque qui en découle est ainsi d’autant plus violent qu’il correspond à un vécu exposé (mais édulcoré) à longueur de journal télévisé. Une certaine sécheresse formelle ne fait que renforcer l’ironie désabusée et décapante du propos.
Faire partie de la seconde catégorie (ceux qui ont répondu “non”), c’est se condamner à un pseudo-réalisme anesthésiant conduisant directement à l’abattoir. Restons éveillés, plébiscitons Louise-Michel !
Joel Fomperie
© Etat-critique.com - 09/02/2009