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Jeudi 24 Mai 2012Livre

 Lots of love

Lots of love

Francis Scott FITZGERALD et Scottie FITZGERALD

Editions Bernard Pascuito - Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Romain Sardou - 249 pages

Et ta critique ?




Lots of love est le recueil inédit de la correspondance entre Francis Scott Fitzgerald et sa fille Scottie de 1936 à 1940, les quatre dernières années avant la mort de l’auteur de Tendre est la nuit.

 


Fitzgerald n’est plus que l’ombre de lui-même. Il écrit ou collabore à des scénarios, projets fumeux ou bien films dans lesquels son nom n’apparaît jamais au générique. Il doit pourtant gagner toujours davantage d’argent pour sa fille qui fait des études et pour sa femme qui est soignée dans des asiles. Ajoutons à cela des problèmes récurrents d’alcool et le fait qu’aucun de ses livres n’est disponible en librairie. Pas de doute, Fitzgerald vit un crépuscule.

On pourrait donc s’attendre à ce que sa correspondance avec sa fille soit celle d’un homme au bord du gouffre, miné par ce qui lui arrive et ressassant ses échecs. Or il n’en est rien.

Lots of love est la correspondance entre un père aimant, sévère et attentionné et une jeune fille poursuivant ses études, découvrant la vie mondaine, les flirts et écrivant ses premiers articles.

D’un côté, un père qui ne peut s’empêcher de donner des leçons et d’excellents conseils de lecture. De l’autre, une fille entre seize et dix-huit ans, une adolescente découvrant le monde, faisant des bêtises et des expériences.

Ce qui relie ces êtres et leur permet de discuter au-delà des différences, c’est l’amour qu’ils se portent, réciproque et profond. Ainsi que leur lien à une femme, Zelda, malade, folle mais qu’ils s’efforcent d’aller voir et de traiter décemment.

Récemment, nous eûmes droit à un Prix Goncourt qui rapetissa Francis pour mieux rehausser Zelda. Les contemporains adorent faire leur tambouille sur le dos des morts. N’en déplaise à ces maquilleurs de réalité, la tragédie de Fitzgerald est qu’il était en même temps et magnifique et méprisable.

Bien traduite par l’un des fils Sardou (qui doit en connaître un rayon sur la parentèle), cette correspondance a le mérite de donner une voix à la fille, volubile et espiègle et de permettre de retrouver le timbre d’un des plus grands écrivains américains.

Lisez Lots of love et Gatsby le magnifique ou même ce grand roman inachevé à cause de la mort de Fitzgerald : Le dernier nabab.


Philippe Sendek

© Etat-critique.com - 24/10/2008