Chroniqueurs de petits riens qui remplissent nos vies, le musicien Ben Folds et l'écrivain Nick Hornby étaient faits pour se rencontrer.
Depuis le "Ben Folds Five" au milieu des années 90, le pianiste loufoque transcende le quotidien le plus banal avec d'euphoriques musiques qui racontent tout et n'importe quoi. Son entrain fait la différence.
De son coté, Nick Hornby aime le rock, le foot et les femmes. "Carton Jaune", "High Fidelity" ou "Pour un garçon" sont des succès de librairie mérités et même des bons films. l'Américain et l'Anglais ont trop de points communs pour ne pas se rencontrer.
Ils le font donc sur un album commun. Le fan du Teenage Fanclub fait confiance au binoclard de Caroline du Nord pour mettre en musique ses petits textes, dérisoires et drôles. Il a bien raison: Ben Folds est un interprète qui n'a pas peur du ridicule et assume ses choix avec courage.
"Lonely Avenue" est une oeuvre courageuse. Ben Folds ne mâche pas le travail de l'écrivain. Il donne du rythme aux mots. Il réussit même à ne pas perdre son âme dans l'effort. Ce n'est pas le disque de deux types qui kiffent leurs nombrils.
Le courage vient de cette volonté de profiter de l'autre. Les chansons de Folds sont moins héroïques mais on découvre que le calme va bien à l'auteur de Way to Normal. L'écriture faussement autobiographique de Nick Hornby accompagne parfaitement les orchestrations atypiques (toujours aussi peu de guitares).
Cela donne un résultat fort littéraire mais jamais bavard. En moins de quarante cinq minutes, les deux hommes partagent généreusement en pensant à l'auditeur. C'est un disque doux amer qui permet à Ben Folds de s'essayer maladroitement à des sons plus britanniques mais il ne perd jamais son style.
Les deux hommes semblent beaucoup s'apprécier et mettent tout en place pour profiter de leurs qualités respectives. Cela fonctionne plutôt bien. Ce n'est pas un sommet de la culture mais effectivement l'avenue est large pour que le plus grand nombre puisse y circuler et s'y sentir bien.