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Dimanche 05 Février 2012Livre

 Lolita complex

Lolita complex

Romain SLOCOMBE

Fayard Noir - 403 pages

Et ta critique ?




Après le tétralogie de La crucifixion en jaune, Romain Slocombe et Woodbrock, son personnage fétiche, reviennent aux affaires avec l'amorce d'une nouvelle trilogie baptisée L’océan de la stérilité, dont Lolita complex est le premier volume... un peu poussif.


Bon, en guise d’introduction, je tiens tout de même à préciser que j’apprécie particulièrement les aventures de Gilbert Woodbrook. Gilbert Woodbrook, pour ceux qui ne connaissent pas, c’est un photographe spécialisé dans l’art militaire, une vision très particulière de l’uniforme qui consiste à placer une jeune japonaise dans un treillis, de lui emballer indifféremment les bras, les jambes ou la nuque dans des gangues de plâtres et de la maquiller comme s’il elle venait de sortir d’un bombardement. Rassurons-nous, ce type n’existe pas, il est le personnage récurrent d’une tétralogie prénommée La crucifixion en jaune écrite entre 2000 et 2006 par Romain Slocombe. Romain Slcombe, quant à lui, est romancier bien entendu, dessinateur, peintre, réalisateur et… photographe. L’une de ses spécialités étant de photographier de jeunes japonaises déguisées en infirmière et la plupart du temps ligotées avec divers accessoires de bondage. Croyez bien que je ne réduis pas, je tente juste de faire court en vous mettant l’eau à la bouche. Donc, du sexe chez Slocombe et Woodbrook, il y en a, des coups de flingue aussi, mais pas que ça : Woodbrook officiant par passion au Japon, on voit aussi des katana et des nunchaku, des yakuzas et des collectionneur de petites culottes. La crucifixion en jaune c’était aussi un bon moyen de s’instruire. Slocombe documente extraordinairement bien ses romans, du coup on en ressort moins con ce qui, pour ceux qui penseraient encore que le polar est un repère de buveurs incultes, est un bon contre argument. Ainsi les quatre romans de cette Crucifixion, qui n’a rien de rose, nous trimbalent-t-ils de la secte Aum - ces gentils branques qui empoisonnèrent au gaz sarin pas moins de 5000 de leurs compatriotes dans le métro de Tokyo en 1995 - au coup d’état manqué de l’écrivain Yukio Mishima, en passant par les expériences scientifiques menées sur des cobayes humains en plein cœur de la capitale japonaise pendant la Seconde Guerre Mondiale ou encore le viol de Nankin, épisode particulièrement écoeurant de l’occupation nippone en Chine au tournant des années 30. Oui, autant Gilbert Woodbrook est drôle, autant Slocombe est sombre et son Japon peu réjouissant.

Voilà pour la présentation de ce couple, passons maintenant à Lolita complex, qui sort ses jours-ci chez Fayard Noir et annonce le début d’une nouvelle trilogie Woodbrook, L’océan de la stérilité, avec en point de mire, non plus le Japon mais l’Europe. Et ce premier épisode qui remet en scène un Gilbert Woodbrook à son tour plâtré - suite à l’accident de voiture qui clôt La crucifixion -, abandonné à ses antidépresseurs, seul dans son appartement londonien après que Naoko, épouse dévouée et solide, ait fini par le planter là en emportant la vaisselles, le dessus de lit en dentelle et les mômes. Woodbrook est désespéré, sans le moindre avenir, c’est un bon début, le personnage nous a habitué à commencer très bas pour finir encore plus bas, on se prépare pour une sacrée descente. Là-dessus, Slocombe nous greffe les mésaventures d’une petite Roumaine enlevée à ses parents pour écumer tout ce que l’Europe compte de bordels et de trottoirs, à la solde d’une légions d’Albanais qui vont se la revendre et finir par la faire échouer à Londres. Londres où sévit un artiste très en vogue, passionné de momies égyptiennes et de happening vomitifs. Londres encore où une jeune écrivain prétendument nubile, mais Japonaise, débarque avec son premier roman annoncé comme le futur best-seller planétaire. De quoi remettre en scelle notre Woodbrook dépité, puisqu’il parle couramment le japonais et qu’il est contacté par les éditeurs de la J.A.P. (comprenez Jeune Auteure Prometteuse) pour servir d’interprète au cour des longues journées d’interview à venir. Oui, c’est long, vous êtes paumés, c’est normal, c’est toujours comme ça avec Slocombe, c’est le boxon, y a plein de personnages et l’histoire sous-jacente prend beaucoup de place.

Un peu trop d’ailleurs, j’allais y venir.

Personnellement, le boxon chez Slocombe, j’en redemande. Le bonhomme retombe toujours sur ses pattes, Woodbrook non, l’équilibre est bon. Mais là, la fracture est un peu poussive. Disons que le pauvre photographe éroto-japonophile n’en n’a qu’une de patte et qu’il a un peu du mal à décoller dans le foutoir ambiant. Et cette fracture un peu mal négociée était déjà amorcée dans Regrets d’hiver (dernier opus de La crucifixion, vous suivez ?) où l’aspect documentaire historique prenait un peu trop le pas sur le récit lui-même, reléguant Woodbrook a un rôle de journaliste gaffeur un peu tiède. Là, il ne faut pas moins de deux cent pages pour que toute l’histoire prennent forme. Et encore, un peu mollement. C’est pas qu’on s’en tape l’entrejambe du trafic des femmes de l’ex-bloc soviétique, c’est pas non plus qu’on lui préfère le sport onaniste du personnage centrale, encore moins les scènes de cul fantasmées ou vécues, mais pour tout dire, ben ça manque de cadavres et d’intrigue.

Alors bon d’accord, on va se dire que c’est le début d’une nouvelle ère pour Slocombe et Woodbrook, qu’il convenait sans doute de reposer un peu les personnages dans leurs nouveaux décors et on va patiemment attendre le prochain épisode. Mais il ne faudrait tout même pas qu’on s’endorme sous le laurier rose du jardin. Alors s’il vous plait, M. Slocombe, pour la suite, vous pourriez pas nous la faire un peu plus sanglante. Parce que l’hommage aux films des productions Hammer sous la houlette du couple Christopher Lee / Peter Cushing, c’est une jolie chromo, mais Gilbert Woodbrook en train de galérer dans les rues de Tokyo pour échapper aux sordides affaires qu’il a déclenché, permettez-moi le terme, c’était un peu plus bandant.


Sébastien Gendron

© Etat-critique.com - 19/10/2008