Mélodies en douceur.
Dix ans après son anthologie de chansons du cinéma français, Lambert Wilson revient donc à la musique avec un album sensible, aux mélodies graves et légères à la fois. À fredonner sans hésiter.
Lambert Wilson n’est jamais vraiment là où on l’attend. On le croit acteur élégant et il joue à l’héritier vulgaire dans Palais Royal. On le croit baryton et le voici dans un registre intime, de mélodies douces comme des confidences. Car ce chanteur aux accents classiques aime se frotter à d’autres univers. Cet acteur subtil, qui a travaillé avec Téchiné et Resnais, est aussi capable de jouer dans des comédies légères ou des grosses machines américaines telles que Matrix.
Dans son nouvel album, Loin, Lambert Wilson évoque un crooner, les airs sont parfois swinguants et souvent nostalgiques. Ainsi, le texte Image fantôme nous remet en mémoire l’écrivain disparu Herve Guibert.
Surtout, pour cet album, Lambert Wilson a su très bien s’entourer. On y retrouve en effet la touche de Boris Bergman, parolier d’Alain Bashung et de Christophe. Deux textes plus sensibles retiennent particulièrement l’attention Nous deux et L’attente. L’écrivain Marie Nimier en est l’auteur et ils sont de belle facture : « Faut savoir lire / entre les cils / les silences partagés ». Ou encore : « Qui n’a pas connu l’attente / Comme une mélodie violente / Suspendu à cette voix / Qui n’appellera pas ». Marc Estève et Christophe Mali, du groupe Tryo, ont également apporté leurs mots à l’album.
Le baryton avait donc envie de se frotter à d’autres univers. Ce n’est certes pas la première fois puisqu’en 1989, il a enregistré une sélection de grands airs de comédies musicales américaines, et, en 1997, son Démons et merveilles, a été très remarqué. Il y reprenait des airs classiques du cinéma français, du Tourbillon à La complainte de la butte.
Ici, point de reprises, le chanteur est vraiment dans le personnel, voire parfois l’intime ou l’autobiographie, comme dans Enfants de la balle, où l’on sent l’image écrasante du père : « Fils de rien fils de lui / Cherche son père dans la nuit (…) Fils du manque et puis du vide / (…) Qui rêve à son tour d’être artiste ».
Dans un registre plus léger, Trois c’est trop surgit comme une mélodie légère et envoûtante à la fois, un air charmant que l’on garde longtemps en tête.
Guitares, basses et violoncelles accompagnent agréablement cet album presque taillé sur mesure, tout en douceur et sensibilité.
Un seul regret : la voix est parfois légèrement sous exploitée et les mélodies se ressemblent toutes un peu, ce qui donne une impression un peu monotone.
Marie Léon
© Etat-critique.com - 26/11/2007