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Jeudi 24 Mai 2012Cinéma

 Loin d'elle

Loin d'elle

Sarah POLLEY

Avec Julie Christie, Gordon Pinsent, Olympia Dukakis et Michael Murphy La fabrique de films - 02 mai 2007 - 1h45

Et ta critique ?




Œuvre d’une sensibilité rare, cette d’histoire d’amour sur l’oubli mélange à la perfection le drame, la tendresse, la beauté et l’humour. Pourquoi se priver de cette belle page de poésie contemplative ?


Nous sommes au Canada et l’hiver vient de s’installer. Tout est recouvert de neige et une silhouette vêtue de blanc traverse un lac gelé à ski. Elle s’appelle Fiona, prénom gaélique signifiant la pureté et la blancheur. Elle est rejointe par son mari, Grant, et tous deux se dirigent vers la maison dans laquelle ils se sont aimés pendant de si nombreuses années.

Seulement, Fiona souffre de la maladie d’Alzheimer qui la prive de ses souvenirs les uns après les autres. Nous sommes au Canada et cet hiver sera le dernier dont elle se souviendra.

Placée en maison de retraite de son plein gré, Fiona va lentement dépérir d’abord intellectuellement puis physiquement. Inlassablement, Grant va de sa sublime voix rauque lui lire les Lettres d’Islande de W. H. Auden et autre poésie du froid pour lui faire retrouver la mémoire. Malheureusement, si Fiona oublie les bons souvenirs, elle se souvient encore de cet évènement qui l’a tant blessée et cela ne fera que précipiter plus de quarante ans de mariage dans l’oubli.

Devenu un étranger, Grant passera ses journées à observer sa femme vivre sa vie sans lui. En dépit de tous ses efforts, il finira par comprendre qu’aimer c’est aussi laisser l’autre partir.

On ne peut pas parler du long-métrage sans évoquer la vision des maisons de retraite. Pourtant loin d’être manichéenne, cette dernière livre un constat sans appel. Les visiteurs ne font que passer dans un monde qui n’est pas encore le leur, ne prêtant que peu d’attention aux proches qu’ils ont laissé ici. Les occupants errent dans les couloirs et, peu à peu, se renferment sur eux-mêmes.

Sans juger, Sarah Polley ne fait que montrer une société qui ne peut ou ne veut plus s’occuper de ses aînés : tel est le cycle de la vie, et chacun s’y est fait.

La photographie, subtile et magnifique, caresse les visages et fige les paysages dans un hiver perpétuel. La beauté de certains regards, les sourires esquissés, les gestes à peine effleurés, tout cela est sublimement mis en lumière. Enfin, si le rythme est souvent le point faible de ce type de narration, il faut reconnaître ici que l’ensemble est parfaitement orchestré du début à la fin.

La neige qui recouvre inexorablement les traces du passé se reflète dans la clarté des yeux de ce couple ordinaire qui semblent se perdre sans pouvoir se retrouver. Elle, radieuse d’une beauté que seul l’âge peut apporter, le regarde mais ne le reconnaît plus. Lui, de son côté, lutte pour vivre en elle mais finit par accepter cette demi-mort dans un final qui risque d’arracher quelques larmes. L’amour peut-il s’oublier ? La réponse que le film apporte sera laissée à l’appréciation de chacun.


Vincent Valat

© Etat-critique.com - 06/05/2007