Robert Laffont - 645 pages - traduit de l'anglais par Bernard Cohen et Abraham Karachel
Et ta critique ?
Les mémoires de Keith Richards ? Les neurones connectent encore après tout ce qu’il s’est mis dans le nez et dans les veines ? A notre grande surprise, Life est réellement un grand livre.
Aidé par le journaliste et ami James Fox, le guitariste des Rolling Stones n’est pas une épave grandiose du grand barnum qu’on appelle le rock’n’roll. La surprise vient de ses souvenirs enfouis et précis.
Keith Richards a goûté à toutes les drogues mais il a conservé une mémoire presque intacte. Ce qui permet au livre de démarrer très fort. Au fin fond de l’Arkansas, Richards se fait arrêter par des flics bas du front dans une voiture chargée de drogues en tout genre.
Le chapitre donne un avant-goût de la vie dissolue de Keith Richards, petit anglais qui voulait simplement jouer du blues. L’intérêt n’est pas dans la description de ses rapports complexes avec Mick Jagger.
Ce n’est pas non plus cette gloire qui le rend fou et l’amène dans tous les tribunaux du Monde pour justifier son train de vie hautement toxique. Richards observe sa vie comme un hommage à tout ceux qui furent dans son ombre, à l’aube comme au top de son succès.
Il célèbre avec une verve stupéfiante les musiciens comme le pianiste Ian Stewart, viré du groupe parce que le producteur ne voulait que cinq musiciens dans le groupe. Il restera fidèle aux Stones, silencieux et solide face aux excès des Stones. Il y en a plus : le livre se termine sur des pages de noms que l’auteur tient à remercier.
Sans rancœur, il décrit une jeunesse étrange où il est devenu un petit voyou pas méchant du tout mais ravi d’embêter son monde. Il explique très bien comment sa passion pour le blues envahit son quotidien. Keith Richards s’interroge sur son destin car finalement il est juste un bluesman qui s’est retrouvé champion de la pop.
Il décrit les années 60 comme une période hystérique où les Stones et les Beatles sont devenus des révélateurs de la jeunesse britannique coincée dans une société stricte.
Lucide, il est inattendue son addiction dans les années 70, sorte de gueule de bois sans fin. Il égratigne son propre mythe en invitant des fantômes dans la discussion. Le travail de James Fox est incroyable. Life est un vrai roman avec un style agréable et immersif.
Puis il y a les terribles et mercantiles années 80. Jagger et Richards se déclarent la guerre. Après la toxicomanie, Richards est un alcoolo autoritaire (il apprécie beaucoup son caractère « petit chef ») mais toujours heureux de jouer de la guitare. Il n’est jamais cynique ou désabusé.
Enfin Richards termine son livre sur ses expériences de la mort les plus dangereuses. Rien à voir avec les drogues. Ironique, le destin a parfois autant d’humour que le guitariste.
En tout cas, avec lui, on passe quarante années d’une intensité incroyable. Les coulisses des disques des Stones n’ont pas de secret pour Richards. Il se raconte à travers ses rencontres et ses amours. Il assume sa mauvaise foi dès qu’il parle de son ennemi préféré, Mick Jagger. Il déclare son amour à Charlie Watts. Il s’excuserait presque auprès des autres Stones qui furent parfois effrayés par sa folie.
Le sexe, la drogue et le rock’n’roll sont au rendez vous. Mais Richards se défait de cette vie fantasmée. Il est un héros traqué par tous. Pas seulement par les fans et la police. Loin d’un discours paranoïaque, Life est le récit passionnant d’une vie folle, cabossée mais aussi assumée.