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Jeudi 24 Mai 2012Cinéma

 Libero

Libero

Kim ROSSI STUART

Avec Alessandro Morace, Marta Nobili, Kim Rossi Stuart et Barbora Bobulova - MK2 - 2006 - 1h48

Et ta critique ?




Acteur ténébreux, Kim Rossi Stuart n’est pas qu’un clone italien d’Alain Delon. C’est désormais un réalisateur tendre et authentique. Libero est le portrait d’un enfant d’une étonnante justesse.  L’expression est archi utilisé mais cette œuvre, pour un coup d’essai, est un coup de maître.


Cela fait un bout de temps que Jacques Doillon, cinéaste passionné par la jeunesse, ne tourne plus. L’enfance est désormais réduite à quelques clichés (Hellphone) et la complexité de cette âge est rarement représenté sur grand écran. Les jeunes sont de nouveau un mystère pour le cinéma ou de fades héros positifs vivant des aventures extraordinaires (Narnia ou Terabithia).

C’est d’Italie que vient un vrai regard décomplexé sur les enfants. Un beau regard. Celui du comédien et réalisateur Kim Rossi Stuart. Gravure de mode, l’acteur s’est fait remarqué dans l’excellent Romanzo Criminale. Mais ce n’est pas seulement un beau mec. Il a tout compris au cinéma.

Loin des œuvres ambitieuses ou des opérations commerciales, il se mue en cinéaste accompli. Libero raconte la souffrance d’un enfant qui devient un adolescent à problèmes. Le sujet n’est pas facile mais complètement maîtrisé par Kim Rossi Stuart.

Tommy a onze ans. Il passe son temps à s’ennuyer à l’école, aller à la piscine, taquiner sa sœur Viola et s’amuser des excentricités de son papa. Ce dernier est un photographe sans argent. La mère est partie et, sur ce traumatisme, le trio semble se souder pour affronter une réalité pas toujours simple. D’ailleurs, la situation se complique pour tous lorsque la mère revient à la maison…

L’amour est une terrible maladie. Filiale ou charnelle, elle plonge les êtres dans un désarroi d’une violence sourde et inouïe. Tommy va se faire ballotter entre les rapports houleux de parents écorchés. Il découvre la faiblesse d’un père, l’inégalité qui règne sur le monde et aussi la solitude. Le portrait est cruel et la mise en scène se mélange à la sensibilité troublée des personnages.

Le cinéaste rappelle Doillon, Pialat ou le Truffaut des 400 coups. Les références sont prestigieuses et Kim Rossi Stuart n’a pas à rougir. Libero ne se sert pas des effets les plus éculés du mélodrame. Le film se confronte aux douleurs les plus intimes des membres d’une famille.

Chacun est sur le fil du rasoir. Les amertumes rongent le précaire équilibre d’une famille qui de toute façon se décompose inexorablement avec la fin de l’innocence. C’est touchant et généreux. Le cinéaste sait observer l’hypersensibilité des individus. Il est dommage que les bonus ne s’intéressent pas plus à la fabrication d’un film aussi fort. Mais les secrets font aussi le charme et la magie de certains films.


Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 15/05/2007