Qui est l’ennemi ? Clint Eatswood pose une question simple au spectateur. Traité de fasciste à l’époque de L’Inspecteur Harry, le Pale Rider affirme un peu plus sa grande sagesse et un goût très prononcé pour un académisme élégant. Sans surprise, la classe du cinéaste reste insolente.
Il y a eu méprise sur la marchandise il y a quelques mois lorsque Mémoires de Nos Pères est sorti sur les écrans en France. Ce n’était pas un film de guerre. Certes, avec rigueur, Clint EastwoodLe film en avait donc dérouté plus d’un ! En inversant le point de vue, Eastwood réalise un authentique film de guerre. Enfin, car Mémoires de Nos Pères, malgré d’évidentes qualités, avait plutôt déçu par un rythme chancelant et des partis pris narratifs culottés. En suivant la bataille du point de vue japonais, Eastwood revient aux bases.
Lettres d’Iwo Jima ne surprend plus comme le précédent mais il conforte l’idée que le classicisme va bien à Eastwood. En limitant les flash-backs, en réduisant l’intrigue à la vaine survie de soldats japonais sur l’île, Eastwood colle au plus près de l’humanité blessée. Les personnages ont une réelle épaisseur. C’est ce qui manquait un peu à l’autre opus.
Iwo Jima n’est plus anecdotique : l’île est le sujet du film ! Le général Tadamichi Kuribayashi (excellent Ken Wanatabe) arrive quelques temps avant l’offensive américaine. Il découvre 22 000 soldats peu enclins au combat. Il découvre la solitude et voit vaciller doucement les valeurs japonaises lorsque débarquent les premiers soldats américains.
Lettres d’Iwo Jima est donc la version japonaise de Mémoires de Nos Pères. Eastwood pose le même regard fait de compassion et d’intelligence sur ces victimes. Il donne la juste mesure du conflit. Ses personnages sont cette fois ci, touchants. Il suit quelques soldats de différents grades mais tous, bousculés par la déroute. Les réactions sont différentes.
Bien sûr il y a le fameux code de l’honneur japonais. Le sacrifice est le devoir ultime du soldat. Le suicide est quasi obligatoire. Cependant comme dans le film américain, cette évocation japonaise fustige l’aliénation de l’individu par la multitude et la règle. En plus de régler son compte au manichéisme, si cher à l’Amérique triomphante, Clint Eastwood célèbre l’universalité, dans les moments les plus douloureux. Japonais ou Américains, il n’y a que des victimes d’un système politique.
Le film n’oublie d’être un film de guerre. L’image est presque en noir et blanc tandis que le goût d’authenticité est omniprésent. Eastwood respecte les conventions avec gourmandise. L’attente du combat est à ce titre, peut être la meilleure partie du film. En prenant le temps d’installer les personnages, Eastwood capte toute notre intention pour la confronter sans ménagement aux folies de la guerre.
Les principes du genre sont scrupuleusement suivis par le cinéaste et c’est finalement la force de ce film. L’ambition initiale d’Eastwood transcende les codes. Son ouverture sur les autres transforme notre regard sur ce spectacle, si habituel et si atroce. Au plus intime de la guerre, Clint Eastwood prouve toute la nécessité de son cinéma.
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 01/03/2007