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Jeudi 24 Mai 2012Cinéma

 Les vies privées de Pippa Lee

Les vies privées de Pippa Lee

Rebecca MILLER

Avec Robin Wright Penn, Alan Arkin, Keanu Reeves et Winona Ryder - Bac films - 11 novembre 2008 - 1h35

Et ta critique ?




Bourgeoise au bord de la crise de nerf. La fille d’Arthur Miller réalise un joli film servi par une actrice sublime.


On pense beaucoup à Cassavetes avec ce portrait de femme. La référence est immense mais ne fait pas d’ombre à cette œuvre sensible au casting impeccable.

On croise dans des petits rôles Monica Bellucci, Maria Bello (superbe en femme irréprochable des années 60) ou Julianne Moore. On retrouve avec un plaisir inattendu la turbulente Winona Ryder, indispensable pour jouer les emmerdeuses. Keanu Reeves se révèle plutôt bon tandis qu’Alan Arkin rappelle qu’il est un très grand comédien.

Il y a surtout Robin Wright Penn. Les rides se dessinent harmonieusement sur son visage faussement lisse. La silhouette est magnifique et pourtant les gestes sont toujours calculés et d’une subtilité passionnante.

En femme parfaite, elle est incroyable. La voir, évoluer dans sa maison moderne, est un petit bonheur. L’observer lutter contre l’ennui est un beau moment de cinéma. Rebecca Miller va petit à petit faire la lumière sur la part d’ombre sur cette femme admirable sous tout rapport.

Pippa Lee vit donc avec son vieil éditeur de mari, retraité cynique. Sa fille ne lui parle plus. Son fils est un cadre grassouillet. Ses amis gèrent leurs petites névroses.

Personne dans son entourage ne pourrait imaginer la jeunesse de Pippa Lee. C’est ce que va nous montrer la réalisatrice. L’effacée maîtresse de maison est une redoutable femme au passé débridé.

Intelligente, la réalisatrice ne fait pas dans la provocation. Au contraire elle installe des émotions simples et fortes entre les personnages. Miller trace un plan complexe d’une famille qui se croit infaillible.

L’ambiance reste feutrée. Il y a de la place pour des silences qui en disent beaucoup. Loin des artifices du ciné indépendant américain, le film n’abuse pas des tics et des tocs. La réalisation est fluide, élégante et de plus en plus focalisée sur Pippa Lee. La critique de la bourgeoisie est présente mais jamais imposante.

Réflexion sur l’émancipation, le film est un portrait de femme plaisant et ravissant. Il ne s’engage jamais dans la démonstration. Il suggère. Il réserve une place de choix au spectateur, ravi d’être traité avec autant d’honnêteté. Dans le genre, c’est une réussite !



Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 18/11/2009