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Jeudi 24 Mai 2012Cinéma

 Les toits de Paris

Les toits de Paris

Hiner SALEEM

Avec Michel Piccoli, Mylène Demongeot et Maurice Bénichou - Diaphana Films - 21 novembre 2007 - 1h38

Et ta critique ?




Dans le dernier film de Hiner Saleem, la fin de vie d'un octogénaire résidant au dernier étage d'un immeuble délabré est retranscrite à merveille par un acteur qui en est une : Michel Piccoli.


Loin de l'Ouest parisien, la paupérisation des seniors et la marginalisation de la population en 2007 (jeune épicière, toxico, immigré en règle) se cache en filigrane d'un film non-moraliste, dont la force réside dans les silences. De belles séquences, des silences qui parlent d'eux-mêmes : ce film d'auteur prouve qu'avec peu, on peut pourtant côtoyer le bien-être affectif. Voici le message que j'ai retenu de Les Toits de Paris.

Monsieur Marcel (Michel Piccoli) habite sous les toits de la capitale et, de sa lucarne, aperçoit la Tour Eiffel. Mais seul le strict minimum existe derrière la porte de ce couloir crasseux où trône un lavabo d'après-guerre.

L'immeuble attend d'être démoli. Le proprio tente donc de chasser les locataires un à un. Le toxico de service lui rendra ce service en connaissant l'overdose, au grand dam de son amoureuse (la prometteuse Marie Kremer). Jeune femme qui travaille dans l'épicerie d'en bas et qui elle aussi est amenée à quitter les lieux.

Monsieur Marcel,lui, opte pour la résistance. Enfin, peut-on parler de choix tant ses souffrances aux jambes s'accentue au fil du film. Monter et descendre l'escalier deviennent un supplice un peu plus intense à chaque minute. La souffrance cadrée à l'état brut.

Délaissé par un fils unique occupé à gérer son restaurant, et dont Monsieur Marcel semble incapable de lui transmettre des preuves d'amour, c'est auprès de cette jeune femme que Piccoli garde goût à la vie. Une entraide mutuelle va naître entre eux. Des instants magiques, poétiques à souhait, vont les lier. Pas besoin de longs dialogues, la symbolique de l'oiseau leur suffit pour faire envoler les cinéphiles.

Son voisin, devenu son seul véritable ami, avec qui il allait prendre la douche hebdomadaire du lundi à la piscine, décide de retourner au pays vers le milieu du film. Ce compagnon est joué de très belle façon par Maurice Bénichou et son physique singulier (l'homme qui retrouve sa boite d'enfance dans Amélie Poulain...).

La fin de vie de l'octogénaire solitaire va se dégrader à vitesse grand V, à l'image des lieux où il vit. L'évolution des silences et des souffles, de plus en plus nombreux et douloureux, joue un rôle clé.

Seule véritable lumière dans la vie de Monsieur Marcel, sa relation adultère avec la cafetière mariée (Mylène Demongeot) où il a ses habitudes. Une complicité dont un seul mot approprié semble approprié : bonheur.

Hiner Saleem présente un film loin de la génération "Yacht, Rolex, Prada et compagnie", sur la notion de solidarité entre des gens qui vivent à un même étage, dans un même environnement. Derrière la fiction, cette heure trente de cinéma montre la vieillesse qui attend les générations à venir dans des villes deshumanisées où l'individualisme règne. Triste avenir mis à merveille en images.


Thomas Delavergne

© Etat-critique.com - 22/12/2007