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Jeudi 24 Mai 2012Livre

 Les six jours du Condor

Les six jours du Condor

James GRADY

Traduit de l'anglais (Etat-Unis) par Jean-René Major et Sylvie Messinger - Suivi de Condor.net - Traduit par Jean Esch - Rivages/Noir - 282 pages

Et ta critique ?




Relecture d'un classique du roman policier américain devenu un film-culte.


Ronald Malcolm travaille pour la Société Américaine de Littérature Historique, un petit immeuble qui n’a l’air de rien au milieu de ses semblables dans le quartier des affaires de Washington. Qui n’a l’air de rien… à voir.

Cette société emploie une demi douzaine d’agents chargés de lire toute la journée des romans policiers et de notifier certains de leurs aspects les mieux, disons, renseignés en termes d’usages. Si discrète soit-elle, cette société est une antenne de la CIA.

Un midi, Ronald, qui vient de sortir pour acheter son déjeuner, trouve la petite société éventrée de l’intérieur : tous ses collègues ont été assassinés pendant son absence. Il ne reste plus à l’agent Condor qu’une seule solution : fuir et tenter de sauver sa peau en enquêtant sur les raisons de ce carnage.

On ne remerciera jamais assez François Guérif de rééditer les grandes pages de la littérature noire américaine. Et cette ressortie, trente-trois ans après sa parution et l’adaptation qu’en fit Pollack pour le cinéma, est une aubaine.

Une mine aussi. On y trouve une préface que Grady écrit aujourd’hui et dans laquelle il révèle certains des points qui firent de Condor l’un des plus électriques romans d’espionnage de la fin du XXe siècle.

Après avoir avalé des kilos d’incunables consacrées à la CIA, Grady, seulement âgé de 24 ans, se lance dans Condor alors que le Viêt-Cong se cuisine au napalm de l’autre coté du monde et que les dictatures de l’Amérique du Sud sont déjà sous l’influence de Langley.

Muni de ce premier manuscrit fourni, Grady rencontre un éditeur qui commence un puissant travail de sape. Au dire de l’auteur, ce Condor-là n’est déjà plus celui qu’il a écrit. Mais il s’en accomode et, lorsque Hollywood le contacte pour en acheter les droits, il est déjà affranchi des coupes franches destinées au large public. Il n’est donc pas surpris de voir ses 6 jours réduits à 3. Et même si Redford et Dunaway n’ont rien à voir avec le personnage un rien hippie qui trouve refuge chez une petite brunette un peu boulotte, à tout prendre, il y a toujours Pollack derrière la camera.

Il n’en reste pas moins que Les six jours du Condor est un roman parfait, jouant d’un suspens sublimement affûté, d’un humour noir et joyeux, du luxe d’un style trop rare dans le roman spécialisé et surtout d’une clarté providentielle pour un roman d’espionnage censé traiter de la CIA (rien à envier à Harlot et son fantôme que Norman Mailer écrira quinze ans plus tard).

Et surtout, grand hommage à la littérature noire, si Condor passe d’employé de bureau à professionnel du crime capable de s’échapper de tous les traquenards, c’est précisément grâce à son emploi et ce qu’il a appris en dépeçant les polars.

A la mode du DVD, Guérif ajoute à cette réédition de prestige,  un bonus : Condor.net, la suite des Six jours, trente ans après, qui a elle-même son histoire, livrée dans la préface. Mais bon, vous en savez déjà assez comme ça.


Sébastien D. Gendron

© Etat-critique.com - 16/08/2011