Remis de ses prises de têtes intello-fantastiques, Cronenberg assume son art en le confrontant à des genres. Après le polar, il s'attaque au film de gangster et le film noir. Le résultat est sombre et fascinant.
Viggo Mortensen est le symbole de la renaissance du cinéaste canadien David Cronenberg. Il fait le lien entre les deux derniers films, A history of violence et donc Les promesses de l'ombre. Le comédien est impressionnant. Son look, son mutisme et sa présence sont des mystères de cinéma! Antipathique, son personnage passionne. A s'y tromper, on dirait le criminel, en version jeune, d'Ed Harris dans A history of violence.
De toute manière, Cronenberg continue d'étudier la violence qui hante ces contemporains. Frontale, son approche de la violence va en surprendre plus d'un. C'est physique, sale et ca risque d'en dégoûter plus d'un. Pas de connivence avec le spectateur. Ce n'est pas un spectacle, la violence. Cronenberg sait être un moraliste sans être moralisateur.
Anna découvre donc un univers où la morale n'existe pas: il n'y a qu'une loi, celle d'un clan de mafieux russes installés à Londres. Anna découvre le carnet d'une jeune maman toxico décédée dans son hopital: il compromet pas de monde. Sa vie est donc en danger ainsi que celle du bébé de la personne décédée.
Loin des codes hollywoodiens, Cronenberg imprime un rythme lent, répétitif mais trompeur. L'action rebondit des moeurs hallucinantes du clan et les angoisses d'Anna (excellent et toujours parfaite Naomi Watts). Il s'attarde sur les aspects trompeurs du parrain russe, papa gateau et ignoble malfrat. Il développe une drôle d'histoire d'amour entre la belle héroïne et le chauffeur (Viggo Mortensen) homme à tout faire du clan.
Cronenberg respecte les poncifs du genre. Mais, avec une précision rare, il fait monter la pression. La tension devient palpable sans que l'on se rende compte de quelque chose. Ce qui rend la violence plus frappante. Ce qui fait de ce film noir, une oeuvre très déroutante, à l'heure où ondoit en mettre plein la vue.
Le cinéaste s'attarde et parvient à imprimer de son empreinte, cet authentique film de genre. On retrouve ses obsessions autour du corps (harassante scène de baston dans sa sauna) et de l'identité. L'oeuvre générale de Cronenberg est un cinéma prêt pour l'analyse (ce qui en faisait le chéri de la presse). En acceptant de se livrer à des exercices de style, il réussit à se renouveler, à rappeler qu'il aime le cinéma (fini le cinéma poseur) et s'aventure dans la cour des grands. Vers la lumière!
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 10/11/2007