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Jeudi 24 Mai 2012Cinéma

 Les plages d'Agnes

Les plages d'Agnes

agnès VARDA

Les films du losange - 17 décembre 2008 - 1h50

Et ta critique ?




Comment se raconter tout en développant son amour des autres, Agnès Varda résout avec brio cette équation.


Dans les premiers plans des Plages d’Agnès, son dernier film, Agnès Varda dispose des miroirs sur une plage, des miroirs qui fragmentent les images de la réalité et se les renvoient comme on jouerait au ping-pong.

Celle qui se décrit elle-même comme une petite bonne femme rondouillarde, vient d’avoir 80 ans et s’est spécialisée ces dernières années dans la réalisation d’expositions ludiques autant que conceptuelles (expo sur son univers, sur les pommes de terre, etc.). Depuis Les glaneurs et la glaneuse, elle ne nous avait pas donné de ses nouvelles.

Selon une logique marabout-bout de ficelle, elle dévide des pans de son univers : sa vie à Sète pendant la seconde guerre mondiale, sa période Californienne dans les années 1960. Son rapport au Festival d’Avignon et Jean Vilar, sa relation avec Jacques Demy, unis jusqu’à la mort de ce dernier.

Cela pourrait être prêchi-prêcha et pour tout dire insupportable. Le danger de ce genre de film étant que chaque personne à un moment donné souhaite faire une mise au point sur sa vie (dans les années 1980, c’était le cas de Jackie Quartz). Pour que cela nous marque, il faut que rien ne pèse ni ne pose. Il faut être léger dans la tristesse et aérien dans le bonheur.

C’est le cas d’Agnès Varda dont le cinéma n’obéit qu’à son bon vouloir. Elle sait être dure, âpre ou tragique ‘(Sans toit ni loi) mais elle est également capable d’infinie douceur lorsqu’il s’agit de recréer l’univers de Jacques Demy (Jacquot de Nantes).

Les plages d’Agnès est un film très riche où il y a à picorer, à boire et à manger. Un film qui vous met du baume au cœur et le cœur au bord des lèvres quand le temps, l’humeur, deviennent tristes.

Film à la première personne, il est ouvert sur le monde (la Chine, Cuba, les combats des féministes), il devient donc un film-monde. Attachant, ludique et n’ayant pas peur du trop –plein. Dans une époque comme la nôtre, on peut et on doit remercier Agnès Varda pour sa générosité et son esprit atypique.

Vous pouvez aller voir des films de distraction qui ne vous apporteront rien. Vous pouvez aussi voir ce film qui ne ressemble à rien mais qui touche à certains moments à la grâce.


Philippe Sendek

© Etat-critique.com - 07/01/2009