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Jeudi 24 Mai 2012Cinéma

 Les orphelins de Huang Shi

Les orphelins de Huang Shi

Roger SPOTTISWOODE

Avec Jonathan Rhys Meyers, Radha Mitchell, Chow Yun Fat et Michelle Yeoh - Metropolitan Filmexport - 11 juin 2008 - 1h54

Et ta critique ?




Plongeant dans la Chine de l’entre-deux-guerres pendant l’invasion japonaise, cette fable humaniste (et historique) sur le sauvetage d’orphelins en milieu hostile est un exercice de style dispensable.


" Avec l’aide de complices locaux, des occidentaux ont tenté de faire fuir des orphelins contre l’avis des officiels. L’un d’eux, journaliste, se justifie de cette ingérence par les conditions de vie déplorables suite aux famines et à la guerre ". Malgré la ressemblance avec des faits ayant existé, il ne s’agit pas d’une dépêche AFP sur l’Arche de Zoé, mais bien du synopsis des Orphelins de Huang-Shui.

Malgré des thèmes forts comme la responsabilité journalistique dans la couverture des crimes de guerre, il ne faudra pas chercher la finesse dans cette apologie larmoyante d’un jeune Anglais qui a lutté pour la survie d’innocents. Il faut dire que le réalisateur a commis une bouse d’anticipation avec Schwarzenegger, un James Bond trop clinquant et d’autres bijoux qu’il serait cruel de mentionner. Arrête ou ma mère va tirer par exemple.

Le film ne fait que remplir sagement son contrat : au bout de cinq minutes, on a fini de résumer maladroitement un conflit aux ramifications complexes. Après 10 minutes, on découvre avec horreur les exactions commises par les deux camps à travers les yeux d’un idéaliste. Et à la quinzième minute, on rencontre enfin la belle et plantureuse infirmière que l’on attendait tant.

Il reste alors une heure et demie de mièvrerie occidentalisante où les bienfaits de notre civilisation sauvent d’un imminent péril quelques orphelins délaissés par une nation belliqueuse. Dans ces scènes de vie quotidienne, on est d’ailleurs surpris de voir qu’Oxford enseigne également l’agronomie, la mécanique et le bricolage en plus des langues étrangères et de la bienséance britannique.

Si aucun risque n’est pris, le manichéisme prend le relais avec tous les travers possibles et imaginables. La vision crue du génocide n’est traitée que superficiellement et la (rapide) transition du journaliste d’observateur passif à acteur engagé est sacrifiée sur l’autel de la surenchère émotionnelle. On assiste alors impuissant à l’ascension d’un Superman aux ambitions philanthropiques.

Après tout, rien n’est impossible pour quelqu’un qui apprend le chinois en trois semaines à une époque où la méthode Assimil n’existait pas. Il sauvera les gamins d’une conscription obligatoire en empruntant la route de la soie à travers déserts brûlants et montagnes glaciales. Certes, le personnage n’est pas parfait et il les fera travailler sans complexes pour maintenir son petit commerce en tant que père spirituel dans une approche colonialiste de la conversion des " sauvages ".

On pourra se pâmer devant une superbe production design qui doit tout aux décors naturels sur lesquels se juxtaposent des effets spéciaux parfois brouillons, mais cette belle fresque pompeuse et démonstrative cumule trop de choix artistiques désastreux pour pouvoir se relever. Notamment le ton emphatique, justifiable dans le parti pris de l’hommage à une vie exemplaire, qui peut dérouter malgré une idéalisation assumée.

En dehors de Jonathan Rhys-Meyers qui surjoue un personnage qui aurait gagné en profondeur par son humilité, les autres comédiens sont parfaits dans leur retenue. Le mélange des deux est à l’image du long métrage : tiède et fade. Au temps pour l’exotisme.


Vincent Valat

© Etat-critique.com - 12/06/2008