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Jeudi 24 Mai 2012Cinéma

 Les méduses

Les méduses

Etgar KERET et Shira GEFFEN

Avec Sarah Adler, Noa Raban, Gera Sandler et Assi Dayan Pyramide distribution - 5 septembre 2007 - 1h18

Et ta critique ?




Film choral où se répondent des portraits de femmes, Les méduses sait toucher au cœur sans pathos mais avec poésie et humanité. C’est une caméra d’or dans la lignée de Moi, toi et tous les autres de Miranda July.


Shira Geffen et Etgar Keret sont très connus en Israel. Elle écrit des livres pour enfants et met en scène des pièces de théâtre. Il est l’auteur chéri des jeunes et écrit des nouvelles percutantes dans un hébreu proche de l’argot. Ils atteignent tous deux les rives de la quarantaine et ont réalisé à quatre mains Les méduses qui a obtenu au printemps la Caméra d’Or au dernier Festival de Cannes.

A dire vrai, cela faisait longtemps qu’on n’avait pas vu un film de ce calibre. Il ne révolutionnera pas la cinématographie (quoiqu’il soit très bien mis en scène) mais il parle directement à notre cœur.

Les auteurs ont compris qu’ils s’adressaient à des individus et qu’ils pouvaient les toucher avec le tissu de l’humaine condition : les rèves, les remords, les regrets que nous nous trimballons tous et qui nous empèchent d’avancer, pour un instant ou durablement.

Les méduses est le film qui parle à l’oreille du spectateur.

Une jeune femme rencontre sur la plage une petite fille muette. Un couple de jeunes mariés renonce à partir aux Caraïbes en voyage de noces, parce que la jeune mariée s’est cassé la jambe. Ils se contentent d’un hotel bruyant en bord de mer. Une Philippine s’occupe de personnes âgées et acariatres. Voilà trois points d’une mosaîque chorale où les femmes occupent le premier plan.

On pourrait également parler d’une poétesse lasse qui occupe la suite nuptiale de l’hotel en bord de mer. On pourrait revenir sur la jeune femme de la plage, Batia qui ne demande rien à personne parce qu’elle a le sentiment qu’elle ne compte pour personne.

Batia intervient au début du film et elle le clot. Le film raconte sa progression. Serveuse dans un restaurant qui organise les mariages, elle s’investit dans la garde de la petite fille muette, qui ressemble tellement à cette enfant qu’elle fut et qui avait l’impression d’avoir été abandonnée par ses parents.

C’est devenu un fait acquis : le cinéma israélien est devenu l’un des plus intéressants qui soit. En Israel, on produit peut-être une vingtaine de films par an mais la qualité de ces films place la barre très haut. Et chaque film fait événement quand il sort en France.

De plus, depuis Broken wings le beau film de Nir Bergman, le cinéma israelien s’autorise à parler des gens et de ce qui les meut, les émeut. Certes, la situation internationale pèse chaque jour sur le pays. Il n’empèche que, lorsqu’un garçon se réveille à Tel-Aviv, il pense à sa petite amie et non aux conflits qui déchirent le Moyen-Orient.

Contentons-nous d’être aussi impressionnistes que le film et ne vous en dévoilons pas tous les plans et les arrière-plans. Sachez juste qu’il y est question d’amour et de mort et d’une possible renaissance comme dans toutes les œuvres importantes.


Philippe Sendek

© Etat-critique.com - 12/09/2007