RSS - Les dernières actualités RSS - Les dernières news Réalisé par Agence Web Conseil - Little Big Studio RETOUR A L'ACCUEIL - QUI SOMMES NOUS - RECRUTEMENT - CONTACT

Jeudi 24 Mai 2012Art-scène

 Les folles d’enfer de la Salpêtrière

Les folles d’enfer de la Salpêtrière

Anne DIMITRIADIS et Mâkhi XENAKIS

Jusqu’au 26 juin - MC93 Bobigny - 1, boulevard Lénine - 93000 Bobigny

Et ta critique ?




Sur scène, deux femmes, un homme. Trois voix pour rendre compte de l’enfermement de milliers de femmes à la Salpêtrière, de 1656, date à laquelle Louis XIV crée cet "hôpital général" à 1848, lorsque Charcot pénètrera dans cet enfer.


C’est pendant qu’elle travaille à une installation de ses sculptures pour la chapelle de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière que Mâkhi Xenakis s’immerge dans les archives de l’Assistance Publique : elle en exhume des manuscrits totalement inédits, "une accumulation d’histoires qui raconte, à travers plusieurs siècles, les destins brisés et le quotidien de ces indésirables."

Le texte de la plasticienne est ainsi, une accumulation de mots, ces mots dont elle connait la puissance, ceux qui dénoncent, proposent l’enfermement, estiment la liberté, des souffles sans ponctuation, des listes de sévices, des listes de prénoms, des chocs de visions, de traitements, des déconstructions barbares de personnalités.


Sur le plateau de la scène, Anne Dimitriadis rejoint le souhait de l’auteure : " respecter                        ne rien inventer             ne retranscrire  que ce qui est écrit ".

Ce qui est écrit, la plainte des enfermées, toutes celles dont la société ne supporte pas la vue : " les filles de joie          les folles    les orphelines               les libertines                 les protestantes                        les paralytiques les crétines                   les juives          les impies                     les criminelles               les ivrognes                  les mourantes               les sorcières les mélancoliques       les aveugles                  les adultérines              les homosexuelles                    les épileptiques      les voleuses      les magiciennes            les convulsionnaires les séniles  les dépravées   les intrigantes                les suicidaires               les filles gâtées  les bohémiennes           les filles grosses  "

Les listes ne cessent de s’allonger : jusqu’à 8000 femmes seront internées ensemble, brisées, à 6 par lit, tout âge et pathologie confondus, toute identité reniée. C’est l’effacement total du soi, l’oubli, la violence, les traitements inhumains, les tortures, les hontes, les maladies, les viols. C’est une réalité dont les auteurs donnent conscience à mots murmurés, dans les prénoms ressuscités, dans les actions retranscrites, dans les amendements qui peinent à insuffler un peu d’humanité dans ce cloaque intemporel.

"À la liberté près, rien ne leur manque" : parole d’homme, l’un de ces nombreux hommes bourreaux et complices, avant que n’apparaissent ceux qui lentement sépareront les femmes selon leur âge, leur symptôme, interdiront les tortures, briseront les chaînes, boulets et anneaux de fers qui les retiennent, écouteront la maladie, la penseront curable, ne séquestreront plus sans fin, sans but, sans raison.

La peur alors cessera d’être un agent thérapeutique, ces femmes alors cesseront de représenter un danger pour le bien-être de la société.

L’humanité commence là, dans les dortoirs et les salles communes de la Salpêtrière, et chacun de nous doit apprendre de ces folles d’enfer.


Perrine Le Querrec

© Etat-critique.com - 10/06/2007