Attention chef d’œuvre ! Mal distribué, ce film d’anticipation est une grande leçon de cinéma. Réalisateur de l’enfance, Alfonso Cuaron broie du noir et adapte de manière radicale PD James. Les fils de l’homme rappelle le Soleil vert et la science fiction réaliste. Le frisson est garanti et savoureux.
Ils sont rares, les films qui deviennent des chefs d’œuvre instantanément. Ils sont donc nécessaires au cinéphile passionné. Film de studio, il n’y avait rien à attendre des Fils de l’homme, titre pompeux cachant un film de science fiction sur le mode années 70. Hypertrophie de la société actuelle, le film apparaît comme alarmiste et désespérant. L’humanité se condamne toute seule et le réalisateur fait tout pour que cela paraisse très réaliste.
En 2027, l’humanité n’est plus fertile. Le dernier enfant est né en 2009 et il vient d’être assassiné. L’Angleterre n’est plus qu’une dictature qui propose le suicide pour les plus atteints et affronte les radicaux déchaînés par la fin à venir. Theo Faron traîne son ennui dans cette anarchie effrayante. Une de ses conquêtes, l’activiste Julianne Taylor, vient lui demander de l’aide : elle a découvert une femme enceinte. Elle serait l’espoir du Monde. Il faut absolument la faire sortir de ce pays englué dans la guerre civile…
L’intrigue ne soulève pas non plus l’enthousiasme au premier regard. Pourtant, il faut absolument se procurer cette énorme film à la puissance évocatrice sans comparaison. Au lieu de faire de la science fiction, Alfonso Cuaron a la bonne idée de réaliser un véritable film de guerre.
Il réalise le blockbuster qu’aurait aimé tourner John Carpenter, s’il n’avait pas été rebelle. Les fils de l’homme repose un désenchantement inédit à Hollywood. Ce désespoir devient énergie grâce à la mise en scène du cinéaste mexicain. Ce qui explose à la figure, c’est cette réalisation virtuose et brillante. Souvenez vous de l’introduction du Soldat Ryan de Spielberg et appliquez le à un film en entier. L’impression de siège est omniprésente et réveille nos angoisses.
Cuaron ne caresse jamais le spectateur dans le sens du poil. Il le plonge dans le chaos. Il lui offre un rythme trépidant où les moments de calme sont rares mais intenses. Proche du documentaire, le film va à l’essentiel et s’y accroche avec une volonté farouche. Le réalisateur du troisième et meilleur Harry Potter se lance ainsi dans des plans séquences palpitants et d’une longueur démesuré.
Au-delà de la performance technique, le film étouffe aussi par sa vision grise de l’avenir. Profitant de PD James, Cuaron continue d’observer la perte de l’innocence, grand sujet dans tous ses films. Ici, c’est la grosse déprime. Il exagère les soucis de nos sociétés : écologie, terrorisme, inégalités, mondialisation et violences urbaines. Le miroir est déformant et donne à voir ce qu’il y a de pire chez nous. Difficile de faire un film plus anxiogène que celui-ci.
Cependant cela reste un vrai monument du cinéma contemporain. Cuaron se permet, à l’intérieur d’un major, un film personnel et profondément politique. Il réhabilite la science fiction qui vaut un peu plus que des moines galactiques avec des sabres laser. Il confirme son grand sens de la narration et bouscule le spectateur avec une dextérité qui touche au sublime!
D’ailleurs on aurait aimé en savoir plus sur les techniques de réalisation. Les bonus sont hélas un peu trop convenus. On s’amusera néanmoins du doc d’une demi heure sur le futur où des spécialistes extrapolent sur les angoisses de notre temps. Les fils de l’homme paradoxalement, permet d’espérer…
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 07/05/2007