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Jeudi 24 Mai 2012Livre

 Les fantômes du soir

Les fantômes du soir

Sébastien DOUBINSKY

Le Cherche-Midi éditions - 178 pages

Et ta critique ?




Un roman où le personnage principal boit beaucoup et réléchit beaucoup sur la société française telle qu'elle se fossilise. Un magnifique roman d'aventures intérieures.


Quand Paul Rubinstein rentre chez lui, ce soir-là, son moral est au plus bas. Il vient de participer à une émission de télévision durant laquelle il s’est cassé la figure, alors qu’on parlait de son dernier roman miraculeusement sélectionné dans la liste du Prix Goncourt.

Paul a dépassé la cinquantaine et ses romans n’ont jamais connu de succès. Son éditeur le soutient par amitié. Mais lui-même se demande si continuer à écrire, a encore un sens…

Quelle n’est donc pas sa surprise quand il constate que des inconnus sont en train de squatter son salon. Enfin… pas vraiment des inconnus car il s’agit des écrivains Lawrence Durrel, Henry Miller et Blaise Cendrars. Morts pour l’état-civil mais bien vivants dans son salon même si Paul s’aperçoit rapidement que ces trois-là sont des fantômes.

Voilà le point de départ du dernier roman de Sébastien Doubinsky. Un conte avec des morceaux de réalité, un yaourt dans lequel la littérature est le parfum le plus authentique.

Le personnage principal étant un écrivain, l’aventure (la traversée des apparences) qu’il vit ; est plutôt intérieure même si le récit sert à nous faire croiser quelques personnages bien trempés. Doubinsky est un auteur de la générosité et il truffe son récit de moments hallucinants dans lesquels apparaissent des caractères bien trempés. Peintre au sommet de sa renommée, musicien à deux doigts de mourir… Le monde qui s’agite sous nos yeux est la comédie urbaine des artistes. La question est : en avoir (de la réussite) ou pas…

Pourquoi continuer à créer, voilà une bonne question surtout si on l’accompagne de celle-ci : comment continuer à vivre et dans quel état ? On l’aura compris, sans tambours ni trempette, Le roman de Doubinsky qui revendique une forme déambulatoire et alcoolisée, s’avère une déambulation métaphysique dans laquelle l’auteur conjugue profondeur et humilité.

Sébastien Doubinsky, vous connaissez ? Cet auteur (un peu comme Rubinstein) n’a pas la notoriété qu’il mérite. On privilégiera d’autres gloires éphémères et médiatiques avant d’en revenir à lui. Mais on y reviendra. Pourquoi ?

Parce que des romanciers français capables de vous emporter par la force de leur narration, des romanciers qui ont de la culture et un imaginaire qui leur est propre même quand il est sale… Il n’y en a pas tant que cela.

Du début à la fin du roman, nous basculons dans un songe qui a toutes les apparences de la réalité. Et puis cet homme imparfait qui est l’anti-héros incarné, est diablement émouvant.

Lisez-donc ce roboratif songe et imaginez quels auteurs sont en train de boire du vin dans votre salon ?


Philippe Sendek

© Etat-critique.com - 21/02/2008