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Jeudi 24 Mai 2012Livre

 Les fantômes de Templeton

Les fantômes de Templeton

Lauren GROFF

Plon - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Carine Chichereau - 434 pages

Et ta critique ?




Un grand roman érudit et passionnant où l'histoire des Etats-Unis, celle des pères fondateurs, se mèle à la recherce d'un père réel. Emballant !


Willie (Wilhelmina) Upton revient dans sa ville natale de Templeton, non loin de New York. Ce n’est pas un retour de gaieté de cœur. Willie faisait des études à Stanford, en Californie, et elle a craqué pour son prof. Elle pense être enceinte de lui. Elle ne sait pas quoi faire de cette petite crevette qui gigote dans son ventre, encore moins d’elle-même.

Fait exprès, sa mère lui révèle qu’elle lui a raconté des mensonges concernant sa naissance. Elle prétendait fréquenter tellement d’hommes qu’elle ne se souvenait plus quel était le géniteur de Willie. Or, Willie est la fille d’une personne importante issue en droite ligne des fondateurs de Templeton, comme elle. Enceinte et à la recherche de ses origines.

Templeton ressemble à Cooperstown, ville dans laquelle est mort l’écrivain mythique Fenimore Cooper, auteur du Dernier des Mohicans, ville dans laquelle Lauren Groff , l’auteur des Monstres de Templeton, a grandi. Mais le fait que l’imaginaire et le réel se chevauchent, n’a pas beaucoup d’importance.

Ce qui importe, est l’enchevêtrement des récits entre la quête de Willie et les voix du passé, du dix-huitième siècle jusqu’à nos jours. Les voix du passé permettent à Lauren Groff de nous épater avec la maestria d’un style qui pastiche différentes époques.

Il faudrait également évoquer ce monstre marin qui a échoué sur la rive du lac, un monstre non identifié mais dont la présence paradoxale rassurait la ville. Et le groupe de vieux sportifs qui font chaque matin un jogging dans la petite ville.

Tous ces éléments pourraient former un patchwork disparate, un peu comme un soufflé qui ne prendrait pas. Or, c’est tout le contraire : les éléments s’harmonisent et le lecteur est pris par le souffle du récit.

De certains romans, il faudrait parler de manière prosaïque, se contenter d’insister sur le plaisir (le pied) qu’on a pris à leur lecture. Pour Lauren Groff, c’est le cas.

Tant qu’a duré la lecture, on a été sensible au moindre épisode du récit. On a vécu et progressé avec les personnages, qui sont devenus des exemples et des vis-à-vis. Et quand on a terminé la lecture, on est resté les bras ballants, à se demander ce qu’on pourrait lire après et si on avait même envie de lire autre chose ?

De combien de romans peut-on parler ainsi ?

Un livre est un monde et un bon écrivain est celui qui nous guide dans cet univers.


Philippe Sendek

© Etat-critique.com - 30/10/2008