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Dimanche 05 Février 2012Livre

 Les falsificateurs

Les falsificateurs

Antoine BELLO

Gallimard - 501 pages

Et ta critique ?




Nouveau roman virtuose du trop rare Antoine Bello. Une idée formidable, des personnages magnifiques et une narration enthousiasmante : tout y est !


À Etat-critique.com, on est comme ça : on aime faire des cadeaux. Surtout à ceux qu’on apprécie. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Antoine Bello fait partie du lot. Alors, on a décidé de profiter de son trente-septième anniversaire (il est né le 25 mars 1970 à… Boston) pour lui faire un beau cadeau : la chronique élogieuse de son nouveau roman, Les falsificateurs.

Sorte de synthèse parfaite de tout ce qu’un lecteur recherche en permanence, Les falsificateurs c’est : une histoire formidable, des personnages au fort pouvoir d’identification et une écriture limpide et efficace.

Pour son premier livre depuis neuf ans (le précédent, Eloge de la pièce manquante, date de 1998), Antoine Bello a choisi de frapper fort en s’attaquant à un genre ô combien difficile, le roman d’espionnage.

Mais n’allez pas croire qu’il se soit contenté de mettre en scène une bataille de l’ombre plus ou moins rebattue entre services spéciaux ennemis. Non. Beaucoup plus ambitieux, son propos est de nous dévoiler l’existence d’une organisation secrète internationale, le CFR (Consortium de Falsification du Réel), qui s’est fixé pour mission de "modifier" la réalité des choses dans un but qui reste parfaitement opaque.

Exemple. Si je vous demande quel est le premier être vivant à avoir voyagé dans l’espace, vous me répondez immédiatement : la chienne Laïka, à bord de l’engin spatial Spoutnik 2 lancé le 3 novembre 1957. C’est ce que tout le monde croit, mais c’est faux, nous révèle Antoine Bello. Ce jour-là le Spoutnik était vide, mais une manipulation du CFR a obligé les autorités soviétiques à confirmer cette fable devenue, depuis, "réalité historique".

On pourrait aussi citer le charnier de Timisoara qui a précipité la chute des Ceaucescu, la découverte de l’Amérique longtemps avant Christophe Colomb ou certains "secrets" découverts dans les archives de la Stasi. On pourrait surtout énumérer à l’infinie une multitude de falsifications moins spectaculaires, mais pourtant diablement efficaces pour influer sur le sort de notre planète…

En suivant les pas de Sliv Dartunghuver, jeune recrue islandaise (très doué) du CFR, Antoine Bello va nous introduire dans les petits et grands secrets de l’organisation, multipliant les détails troublants et les "révélations" fascinantes.

On ressort des 500 pages des Falsificateurs avec une tendance exacerbée à la paranoïa et l’on ne peut plus regarder un JT ou feuilleter un quotidien sans y traquer la patte manipulatrice du Consortium.

On ressort aussi de ces 500 pages (lues avec voracité gourmande et lenteur calculée pour faire durer le plaisir) avec un violent sentiment de "trop peu"… aussitôt compensé par ces deux mots en italiques porteurs de tant d’espoirs : " À suivre…". Dépêchez-vous M. Bello : Sliv, Lena, Youssef, Maga, Stéphane et tous les autres nous manquent déjà !

Ah oui, j’allais oublier : bon anniversaire !


Joël Fompérie

© Etat-critique.com - 25/03/2007