Il serait facile de descendre en flammes une réalisation approximative, un scénario décousu et des acteurs peu en phase avec le sujet qui plombent un genre qui n’est pas l’apanage du cinéma français. Néanmoins, l’ensemble n’est pas dénué de saveur.
Prenons un individu lambda. Peintre raté, il restaure des tableaux anciens dans un petit atelier à Paris. Il aime sa femme, ses enfants et son travail. Il ne demande rien de plus à la vie que ce qu’il a déjà. Un peu lâche, un peu mou, il a un bon fond. On pourrait aller jusqu’à dire que c’est une bonne poire. Mais quand une série d’événements lui enlève tout ce qui lui tient à cœur, la dépression guette.
On aurait pu se croire dans un drame parisien, où le « héros » pleure sur les morceaux de son existence recouverts par la poussière de ses espoirs perdus, mais c’était sans compter sur l’aventure extra-dimensionnelle qu’il s’apprête à vivre. Littéralement happé par le sol, le quidam se retrouve en plein conflit fantastico-moyenâgeux où tout un peuple le considère comme l’élu qui les sauvera d’un tyran. Sans être celui qu’ils attendent, il montrera qu’il est tout aussi capable de résoudre une crise que n’importe qui d’autre.
Le film alterne les plongées entre monde réel et parallèle. En jouant sur l’écoulement différent du temps entre les deux, on assiste à une rapide transformation du personnage en seigneur de guerre craint et respecté. Cela ne sera pas sans conséquences sur sa vie privée qui s’en retrouvera améliorée dans une vision archaïque du chef de famille un peu dérangeante.
L’autre optique moraliste n’est pas mieux traitée. La mise en scène des affres du pouvoir est extrêmement caricaturale même si la recréation de l’empire romain en une semaine a son charme narratif. Il faudra donc éviter de prendre ce film pour ce qu’il n’est pas : un film de mœurs, un film de science-fiction ou une grosse pantalonnade. Il s’agit juste d’une petite comédie sympathique qui se laisse regarder tranquillement.
En observant le parti pris esthétique du long métrage, on oscille entre des bonnes idées (choix des paysages, costumes) et des moins bonnes. Le choix de rendre intelligible une langue étrange en utilisant des sous-titres très graphiques mais peu lisibles est intéressant mais ne vaut pas la perte en compréhension lors de la mise en place d’une histoire un peu brouillonne. De plus, certaines scènes un peu sanglantes font tâche dans film soi-disant familial.
On est loin de retrouver le Poelvoorde dans sa période belge (C’est arrivé près de chez vous, M. Manatane) comme d’autres ont eu leur période bleue. Cependant, il livre une prestation correcte sans trop forcer le trait comme on a pu le voir récemment. Ce qui est prometteur à l’approche de la sortie de Cow Boy, censé renoué avec l’humour noir qui nous manquait tant. Ceux qui préfèrent leur belge un peu plus consensuel, le retrouveront sûrement avec plaisir dans le prochain Asterix. Les Deux Mondes doit se situer entre les deux, vraisemblablement.
Vincent Valat
© Etat-critique.com - 27/11/2007