Distribution remarquable, sujet magnifique, réalisation fluide et sensible : Les bureaux de Dieu est un film à la fois artistique et militant essentiel.
Un vaste appartement parisien, un accueil un peu débordé, une salle d’attente où l’on va et vient, des bureaux où l’on reçoit les patientes (les hommes sont rares) dans de vieux canapés un peu fatigués mais accueillants... ce planning familial-là a des allures de lieu de vie lumineux et bienveillant.
S’y succèdent, en consultation, des femmes de tous âges et de toutes conditions en proie aux affres d’une sexualité ou d’une maternité qui les effraie ou les dépasse. Djamila aimerait prendre la pilule parce que maintenant avec son copain c'est devenu sérieux. La mère de Zoé lui donne des préservatifs mais la traite de pute. Nedjma cache ses pilules au dehors, car sa mère fouille dans son sac. Hélène se trouve trop féconde. Clémence a peur. Maria Angela aimerait savoir de qui elle est enceinte...
Anne (Nathalie Baye), Denise (Nicole Garcia), Marta (Isabelle Carré),Yasmine (Rachida Brakni), Milena (Béatrice Dalle) et quelques autres sont les conseillères qui reçoivent et écoutent chacune se demander comment la liberté sexuelle est possible. Elles sont attentives, patientes, pédagogues, rassurantes. Dans Les bureaux de Dieu on rit, on pleure, on a peur, on est en colère, on est débordées, bref on vit.
Depuis longtemps passionnée par son sujet, Claire Simon a passé du temps dans des bureaux de planning familial, à Grenoble notamment, il y a une dizaine d’années. Equipée d’un magnétophone et d’un carnet, elle a enregistré des dizaines d’entretiens. Ce sont ces mots, ces échanges, ces conversations qu’elle s’est attachée à retranscrire fidèlement, en respectant la langue de chacune, pour les offrir aujourd’hui à ses acteurs et actrices.
Mais son idée de génie a été de confier les rôles de conseillères et médecins à des stars et les rôles des personnes venues consulter à des inconnues. Avant chaque prise, personne ne connaissait sa partenaire. Ainsi, "la rencontre avait lieu devant la caméra avec le texte su, mais avec l'émotion de cette rencontre directe."
On notera donc les performances époustouflantes des actrices non-professionnelles, parmi lesquelles on retiendra (mais il faudrait les citer toutes) Loredana Acquaviva qui, dans le rôle d’une femme déchirée entre un mari et un amant qu’elle n’aime pas plus l’un que l’autre, est incapable de savoir qui est le père de l’enfant qu’elle porte ni si elle doit ou non le garder.
Ni fiction, ni documentaire, Les bureaux de Dieu est un film passionnant de bout en bout, profondément humain et qui aborde sans tabou ni faux semblant la question de la sexualité en 2008. Il constitue une salutaire mise en lumière des lacunes, des non-dits et de son poids écrasant dans la société. Poids toujours essentiellement porté par les femmes.
Joël Fomperie
© Etat-critique.com - 12/11/2008