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Jeudi 24 Mai 2012Cinéma

 Les bureaux de dieu

Les bureaux de dieu

Claire SIMON

Avec Anne Alvaro, Nathalie Baye, Michel Boujenah, Nicole Garcia et Rachida Brakni - Shellac - 5 novembre 2008 - 2h00

Les commentaires

Thibault

Le 18/11/2008

Je crois que tout m'a déplu dans ce film!

Dès les 1ères images on voit que la qualité de la photo est mauvaise et que la réalisatrice (ou le chef op) ne sait manifestement pas manier une caméra (l'aller-retour entre le visage de la jeune femme et le passage piéton est très très moche).
Dès les 1ers instants, on pressent que le film sera pénible, ce qui n'est pas démenti par le 1er entretien : le jeu des actrices est plat au possible et aucun sentiment ne se dégage de scènes qui sont pourtant censées être riches en émotions.
Les scènes défilent les unes après les autres sans nous toucher, entrecoupées de moments de détente qui sonnent particulièrement faux. Le seul moment un peu touchant est la scène de l'italienne qui ne sait pas si l'enfant qu'elle attend est de son mari ou de son amant. Et encore, la réalisatrice croit bon de tirer en longueur cet épisode...

Le film ne fait que survoler les problèmes. Il est de plus daté puisqu'il est basé sur des observations réalisées il y a dix ans (il n'est pas crédible de voir, en 2008, un planning familial qui découvre que certains jeunes hommes d'origine maghrébine demandent des certificats de virginité pour leur copine...).

D'un point de vue formel, pourquoi faire une fiction si c'est pour la filmer plus mal qu'un documentaire de guerre? La caméra voyage d'un personnage à l'autre avec une brusquerie qui fiche le mal de mer. Quand on ne sait pas bouger une caméra, on peut aussi faire des plans fixes!
C'est peut-être ce qui est le plus agaçant dans ce film: sa pauvreté technique qui semble délibérément orchestrée pour faire plus "vrai".

Au final, on a vraiment l'impression qu'un sujet en or, qui aurait pu faire un beau documentaire, est gaché pour faire un mauvais film.

Et ta critique ?




Distribution remarquable, sujet magnifique, réalisation fluide et sensible : Les bureaux de Dieu est un film à la fois artistique et militant essentiel.


Un vaste appartement parisien, un accueil un peu débordé, une salle d’attente où l’on va et vient, des bureaux où l’on reçoit les patientes (les hommes sont rares) dans de vieux canapés un peu fatigués mais accueillants... ce planning familial-là a des allures de lieu de vie lumineux et bienveillant.

S’y succèdent, en consultation, des femmes de tous âges et de toutes conditions en proie aux affres d’une sexualité ou d’une maternité qui les effraie ou les dépasse. Djamila aimerait prendre la pilule parce que maintenant avec son copain c'est devenu sérieux. La mère de Zoé lui donne des préservatifs mais la traite de pute. Nedjma cache ses pilules au dehors, car sa mère fouille dans son sac. Hélène se trouve trop féconde. Clémence a peur. Maria Angela aimerait savoir de qui elle est enceinte...

Anne (Nathalie Baye), Denise (Nicole Garcia), Marta (Isabelle Carré),Yasmine (Rachida Brakni), Milena (Béatrice Dalle) et quelques autres sont les conseillères qui reçoivent et écoutent chacune se demander comment la liberté sexuelle est possible. Elles sont attentives, patientes, pédagogues, rassurantes. Dans Les bureaux de Dieu on rit, on pleure, on a peur, on est en colère, on est débordées, bref on vit.

Depuis longtemps passionnée par son sujet, Claire Simon a passé du temps dans des bureaux de planning familial, à Grenoble notamment, il y a une dizaine d’années. Equipée d’un magnétophone et d’un carnet, elle a enregistré des dizaines d’entretiens. Ce sont ces mots, ces échanges, ces conversations qu’elle s’est attachée à retranscrire fidèlement, en respectant la langue de chacune, pour les offrir aujourd’hui à ses acteurs et actrices.

Mais son idée de génie a été de confier les rôles de conseillères et médecins à des stars et les rôles des personnes venues consulter à des inconnues. Avant chaque prise, personne ne connaissait sa partenaire. Ainsi, "la rencontre avait lieu devant la caméra avec le texte su, mais avec l'émotion de cette rencontre directe."

On notera donc les performances époustouflantes des actrices non-professionnelles, parmi lesquelles on retiendra (mais il faudrait les citer toutes) Loredana Acquaviva qui, dans le rôle d’une femme déchirée entre un mari et un amant qu’elle n’aime pas plus l’un que l’autre, est incapable de savoir qui est le père de l’enfant qu’elle porte ni si elle doit ou non le garder.

Ni fiction, ni documentaire, Les bureaux de Dieu est un film passionnant de bout en bout, profondément humain et qui aborde sans tabou ni faux semblant la question de la sexualité en 2008. Il constitue une salutaire mise en lumière des lacunes, des non-dits et de son poids écrasant dans la société. Poids toujours essentiellement porté par les femmes.


Joël Fomperie

© Etat-critique.com - 12/11/2008