Avec Vincent Lacoste, Anthony Sonigo, Alice Tremolieres et Noemie Lvovsky - Pathé - 10 juin 2009 - 1h30
Et ta critique ?
Bienvenue dans l'âge ingrat! En DVD, Les beaux gosses sont encore plus... beaux!
La première scène est effrayante. En gros plan, deux adolescents s’embrassent. Le plan est si rapproché que l’on devine les deux grosses langues, la bave et aussi les magnifiques boutons d’acné qui se promènent sur leurs peaux ! Beurk.
C’est presque écoeurant mais, si Hervé et Kamel sont écoeurés, ils n’ont toujours pas roulé de pelle. Dans leur lycée, ces deux élèves de troisième n’ont pas de copine, pas d’histoire et pas de sexualité débridée.
Les deux garçons ont la même passion pour les catalogues de la Redoute. Ils fantasment sur les pages lingerie. Ce ne sont pas eux les beaux gosses du titre. D’ailleurs, on n’en voit pas beaucoup des beaux gosses dans ce film où tout est ironique.
C’est un festival de boutons, de fringues sans forme, de cheveux gras, de mauvais goût et de frustrations en tout genre. Hervé n’est qu’un gros boutonneux obsédé par le sexe. Coincé dans un pull d’une laideur sans nom, il rêve de sortir avec Laura mais finalement c’est Aurore qui s’intéresse à lui.
Il ne se rend pas compte de la chance qu’il a. La jeune fille est mignonne. Mais elle aussi est une adolescente : elle est donc un peu larguée, victime de ses pulsions et de la découverte de la libido.
Le constat est encore effrayant. Il est surtout drôle. Fin observateur des jeunes dans ses bandes dessinées, Riad Sattouf continue son exploration dans cet âge difficile.
Il attrape au vol l’invention verbale dont sont capables Hervé et sa classe. Il révèle les petits moments de grâce qui peuvent apparaître dans l’apprentissage douloureux de l’amour. Il ne cajole pas ses petits héros, petits monstres grotesques menés par leur zizi (sensible aux ondes magnétiques selon eux). Il ne fantasme jamais l’adolescence dorée.
Il n’oppose jamais les jeunes aux vieux : on comprend les névroses des enfants quand les parents s’invitent. Le constat est lourd mais Sattouf s’amuse de ces dysfonctionnements hormonaux. Son goût pour le réalisme évite les pièges du film de d’jeun’s.
C’est très bien joué. On se retrouve forcément à un moment ou un autre dans les personnages. Possédant le sens du cadre dans ses bédés, Sattouf n’a perdu son regard acerbe en passant à la mise en scène. Entre tendresse et cruauté, son premier film est une excellente récréation. Le dvd prolonge le plaisir avec des scènes coupées qui en disent long sur le monde des ados. D'ailleurs un coffret nous offre un joli kit avec le guide du puceau, petite bédé essentielle pour comprendre le jeune (cf Le péril Jeune). Et ce n'est pas facile. Pour cela on remercie chaudement Sattouf.