Mathilde est partie pour un tour du Monde, tous les seconds personnages des Autres Gens prennent les commandes d'un troisième volet assez coquin mais toujours passionnant.
Mathilde est l'héroïne de la bedenovela du scénariste Thomas Cadène, Les autres gens. Sur internet, on peut suivre les pérégrinations de cette jeune millionnaire (elle a gagné au loto) et ses proches. A chaque chapitre de l'histoire, un dessinateur. Cela permet une grande rapidité d'exécution et une interactivité nouvelle autour de ce récit dans l'air du temps.
Finalement, le point de vue graphique renouvelle sans cesse l'intérêt pour cette bande dessinée qui profite habilement des différents médias. En passant sur papier, Les autres gens devient un massif recueil exaltant et révélant des vrais talents.
Dans ce troisième volume, Thomas Cadène fait une jolie pirouette scénaristique: il dégage l'héroïne! La brune et inquiète Mathilde ne s'en sort plus avec sa richesse et ses problèmes de coeur. Elle part tout simplement. Elle fait le tour du Monde.
Ce qui inquiète bien évidemment son père, qui réussit par le même coup à faire fuir son épouse qui en a marre de ses humeurs. Le frère et le cousin de Mathilde doivent gérer les souvenirs enfouies de leur enfance qui remontent à la surface.
Camille, la copine de Mathilde, peut enfin exister sans son amie. Manu, le petit timide, s'émancipe dans des relations de plus en plus étranges avec ses voisins. Et Hippolyte, l'homme qui a partagé ses gains du loto avec Mathilde, affronte sa prestigieuse famille, qui cache elle aussi des secrets peu avouables...
Sans Mathilde, Les autres gens fortifie les ramifications du récit déjà labyrinthique. Les personnages secondaires prennent le pouvoir. Visiblement, pour le scénariste et ses dessinateurs, le plus important était de leur donner une sexualité pour s'affranchir du destin de Mathilde!
Ce nouveau recueil est joliment trivial. Les dessins jouent avec un érotisme poli, bourgeois et parfois bizarre (la rencontre de Camille et les moeurs de la famille d'Hippolyte). Thomas Cadène ne pense qu'à cela dans ce troisième épisode. Ce n'est pas non plus du Manara: cela sert l'histoire de plus en plus poignante. On est littéralement absorbé. Comme à chaque fois, automatiquement, la suite est attendue avec impatience fébrile, dès la fin de la lecture!
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 22/09/2011