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Jeudi 24 Mai 2012Livre

 Les après midi d’un fonctionnaire très déjanté

Les après midi d’un fonctionnaire très déjanté

Upamanyu CHATTERJEE

Traduit de l’indien par Carisse Busquet - Robert Laffont - 540 pages

Et ta critique ?




L’exercice est périlleux : comment raconter l’ennui ? Le vrai, celui qui ronge les êtres qui ne sont pas à leur place ou qui rêvent d’autre chose. Upamanyu Chatterjee, auteur indien de Nirvana, mode d’emploi, relève le défi avec une ironie salvatrice.


Agastaya n’est pas très heureux. Il vient d’être nommé pour son premier poste au fin fond de l’Inde. Dans un endroit où les gens ne doivent pas savoir que le pays est la première puissance du tiers Monde.

A Madna, le jeune homme découvre un univers peu exaltant. Il souffre du soleil terriblement chaud et surtout de l’inaction la plus totale. Dans le cadre administratif, il visite des bureaux où chacun se bat pour conserver son petit pouvoir.

Ses rencontres sont médiocres et il n’arrive à échapper à l’ennui qu’à travers la lecture et la marijuana. Agastya, moderne et ambitieux, se traîne et se demande bien ce qu’il va devenir dans sa vie professionnelle.

Upamanyu Chatterjee décrit un monde figé dans les traditions et l’héritage britannique. Il observe calmement un homme plongé dans la torpeur la plus totale. La déprime est teintée d’un humour vachard. Comme son personnage principal, le romancier se sauve avec une verve pleine d’esprit.

La vision des supérieurs d’Agastaya ne manque pas de mordant. L’administration indienne n’a rien à envier à nos bons vieux services publics. Le confort du poste importe plus que l’efficacité du service. Certains emplois sont kafkaïens. La réalité semble échapper aux employés de l’administration.

La coutume s’oppose en permanence au modernisme. La jeunesse se confronte aux vieux fonctionnaires revenus de leurs désillusions. Très vite, la solitude devient une fatalité pour les nouveaux arrivants dans cette chaude province perdue.

Les idées noires du héros deviennent souvent comiques car l’ironie tourne à plein régime. Pour se défaire de son spleen, Agastaya se cache derrière un cynisme qui semble être à toute épreuve. Il y trouve son salut même si ce détachement a des allures de malédiction.

Le livre est cinglant et, sur plus de 500 pages, Upamanyu Chatterjee trouve le ton idéal pour nous montrer l’horreur d’un quotidien fade et terne. Le rire est omniprésent mais il est salutaire. Si le livre montre que le temps peut s’étirer jusqu’au cauchemar, il se dévore à toute vitesse !


Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 25/09/2007