Fidèle à elle-même, la célèbre famille américaine revient sur grand écran pour le plus grand plaisir des fans. Réalisé pour eux, il s’agit d’un beau cadeau qui, hélas, ne cherche pas la nouveauté.
Après 18 années d’existence et plusieurs projets avortés, le passage des Simpson hors de la sphère télévisuelle était attendu au tournant. Spécialisés dans la dérision, les auteurs ont également le sens de l’autodérision. La première interrogation du film est symbolique de la suite : pourquoi payer une place de cinéma pour quelque chose que l’on peut voir à la télévision ?
On est en effet en face d’un long épisode de la série que l’on connaît bien. Tout y est : le même humour, le même ton irrévérencieux et les mêmes personnages bien évidemment. Alors que l’on aurait pu avoir un enchaînement hétéroclite de gags bien calibrés, l’accent a été porté sur une histoire qui à défaut d’être révolutionnaire permet au scénariste de tirer sur tout ce qui bouge : Eglise, Etat, American Way of Life
Rien de nouveau sous le soleil de Springfield. Si ce n’est que la ville est condamnée par une catastrophe écologique causée par Homer et les vaines tentatives de Lisa de l’enrayer à la sauce Al Gore restent sans effet. En exil en Alaska, la petite famille aura sur ses frêles épaules la tâche d’arranger la situation.
Heureusement, rien ne se passera comme prévu et Homer triomphera en bon héros américain qu’il est. Car la victoire de l’imbécillité et de la naïveté sur un système de valeur conservateur est le leitmotiv de la série, et le film ne déroge pas à la règle.
Comme à l’accoutumée, beaucoup de choses se passent dans les non dits, les petites allusions, les références, les deuxièmes et troisièmes plans. Si tout le monde y trouvera un humour à sa portée, la connaissance de cette grande puissance démocratique que sont les USA permet réellement de saisir toutes les subtilités des petites perles acides lancées tout azimuts.
Alors on pourra se faire l’avocat du diable en se disant que rien n’est fait pour convertir les masses laborieuses qui ne maîtriseraient pas la vision « homérique » de ce petit monde, qu’il ne s’agit que d’une variation commerciale peu innovante. Il est vrai qu’au niveau de la valeur ajoutée, autant chercher une aiguille dans une botte de foin. Mais rassurons-nous, ce travers est totalement assumé.
Les clins d’oeils au changement de support sont d’ailleurs nombreux (Bart remplissant inlassablement son tableau de « Je ne téléchargerai pas ce film illégalement », coupures du film, amas ostentatoire d’effets spéciaux inutiles…).
En ne respectant rien ni personne, Matt Groenig ne s’est pas vendu au système hollywoodien même s’il lui permettra de se faire construire quelques villas sur la côte ouest quand on imagine le futur succès que ce film aura. Quand bien même on trouverait la surexploitation de la licence lassante, il serait dommage de ne pas se faire plaisir devant tant de cynisme et de méchanceté. Et puis si ça ne suffit pas, comme dirait Maggie à la fin du film : une suite ?
Vincent Valat
© Etat-critique.com - 27/07/2007