Raconter une histoire des relations entre Moyen-Orient et les Etats-Unis ? Pari réussi ! Les derniers événements prennent du sens. Un album prémonitoire qui n’annonce rien de bon pour l’à venir.
L’album dessiné par David B et écrit par Jean-Pierre Filliu fait froid dans le dos et montre combien le déni et la manipulation des peuples ne sont que répétitions. Entre désastres humains et intérêts économiques, les enjeux économiques sortent toujours vainqueurs, qu’elle que soit la religion.
Articulé autour de quatre chapitres nommés respectivement « Une vieille histoire » « Barbarie » « Pétrole » « Coup d’état », l’album nous apprend au fil des cases, de 1783 à 1953, que l’intérêt occidental pour le Moyen-Orient n’a cessé de croître, des puissances navales européennes aux puissances coloniales jusqu’à la suprématie des Etats-Unis et leur coup d’état de 1953 renversant le premier ministre iranien Mossadegh. Le mot Moyen-Orient est crée par un officier naval américain en 1902…
Les acquisitions de territoires et de colonies se sont transformées en renversement de régimes et ingérence diplomatique. Pourquoi engager des moyens considérables, posséder des terres quand il suffit de déstabiliser un gouvernement et de négocier, quitte à anéantir une partie du peuple ? La référence mythologique à l’épopée de Gilgamesh en introduction de l’album mettait déjà en garde les humains contre les cruautés et les désastres de la guerre, mais rien ne change. Les guerres civiles s’enchaînent au profit désormais du roi pétrole, sécurité énergétique américaine contre sécurité stratégique du royaume saoudien.
Les traits de l’album se composent de miniatures en noir et blanc, parfois symboliques et proches du dessin de presse, parfois proches de fresques historiques avec des postures plus classiques. A chaque fois, les humains y sont décrits avec une froideur et un détachement qui amplifient la cruauté des regards, cerclés de noir.
Si le récit s’enchaîne uniquement à partir de dates et d’événements, peut-être le seul bémol, on comprend aisément grâce à cette mise en perspective combien les peuples pèsent peu quand il s’agit de garantir les intérêts des puissants qui se disent puissances démocratiques... A lire.

Sébastien Mounié
© Etat-critique.com - 08/01/2012