Hein ? Quoi ? L’hélice brisée ? C’est bizarre comme titre pour un album. Mais bon, pourquoi pas. D’ailleurs, sur la pochette, on voit l’artiste dans une barque, sur une sombre rivière, une longue tige à la main…Faute d’hélice, elle doit ramer. Avec une fleur. Un lys ? Aaah…Les lys brisés !
En tous cas, si vous vous souvenez bien, il y a un an et demi environ, déjà nous étions tombés sous le charme de cette touche à tout (musique, ciné, danse…) qui venait de sortir à grand peine quelques titres auto-produits (« Chansons ») avec l’aide amicale de Bertrand Burgalat notamment. Et déjà nous exhortions les maisons de disques à se pencher sur cet indéniable talent d’écriture, de mélodisme et d’interprétation. Eh bien c’est fait ! Et de quelle manière !
Une poignée de lys mis en bouquet par l’excellent Benoît Rault (le Ben du Ben’s Symphonic Orchestra des exceptionnels Junk shop –2000- et Drifting -2003- ) qui apporte toute sa science de l’arrangement pop magique aux belles musiques et aux beaux textes que Barbara chante de sa voix splendide. Une voix grave et posée, sûre et sensuelle, riche et pénétrante. Une grande voix comme au temps de la belle variété française de la fin des sixties. Très littéraires et d’un romantisme un peu en dehors du temps eux aussi, les couplets ont du rythme et du fond. Mélancolie, désenchantement, séparation… les tourments s’affichent avec pudeur et résignation... et se moquent aussi parfois (cf. le très amusant Cannes – c’est de saison !- caustique à souhaits).
Amoureuse de Colin Blunstone et des Zombies, (elle se lance d’ailleurs avec brio dans une adaptation française du magnifique et trop peu connu A rose for Emily - si ça pouvait donner l’idée à un label de ressortir une version correcte de Odessey and Oracle… -), Barbara Carlotti assume ses références vintage avec élégance et profondeur au fil de quatorze titres épatants.
Quatorze lys au parfum délicatement suranné dont la classe et la personnalité ont tout pour vous enivrer durablement. Prenez et sentez-les tous !
Roland Caduf
© Etat-critique.com - 28/04/2007