Puissante saga policière, Les infitrés de Martin Scorsese est un gros morceau de mythe américain. Mineur, le film a pourtant offert à son auteur le plus gros succès commercial et artistique. Reste qu’un film pas parfait de Scorsese reste évidemment un très bon film.
Les infiltrés reprend les grandes lignes du film dont il s’inspire, le glacé Infernal affairs. Un policier se fait passer pour un malfrat afin d’espionner les faits et gestes d’un dangereux parrain de Boston. Un inspecteur de police travaille en réalité pour le fameux parrain et le renseigne sur tous les projets des policiers. Les deux taupes s’affrontent donc sans jamais se rencontrer, en tentant de découvrir l’identité de l’un et de l’autre…
Martin Scorsese est un nerveux et son film fuit le coté froid de l’original hongkongais. Son film est vivant. Il retrouve son habituelle virtuosité dès qu’il filme des gansters et leurs adversaires. Il observe les us et coutumes pour rendre ses personnages plus complexes. Très vite, le film dépasse le cadre du manichéisme.
Pourtant il y a dans ce remake, une magnifique figure du mal, sujet favori de l’auteur de La dernière tentation du Christ. La bonne idée c’est d’avoir confié à Jack Nicholson, ce rôle de parrain ultra violent. Loin d’être hystérique (ce qui n’aurait pas déplu à l’acteur grimaçant), ce personnage érige une vie « normale », où les valeurs sont inversées et perverties. Ce qui fascine le plus dans Les infiltrés, c’est le rapport filial qu’à ce criminel avec les deux taupes.
Scorsese, comme dans Les affranchis ou Casino, dépeint des mœurs vicieuses mais très américaines. Les infiltrés montre l’Amérique de Capone et des grands truands qui font les mythes américains. Il en rappelle la saveur mais aussi la dangerosité.
Pour cela, il s’amuse à mal traiter deux mignons du cinéma hollywoodien. Pour la troisième fois, Leonardo DiCaprio accepte de s’en prendre pleins les dents. Cette fois ci, il est enfin à l’aise dans l’univers corrompu du réalisateur. En face de lui, Matt Damon peut sembler plus fade mais son personnage est en réalité, plus introverti.
De toute manière, Scorsese s’amuse de prendre deux stars et de les isoler dans des souffrances existentielles, très scorsesiennes.
Le film a donc énormément de qualités pourtant ce n’est pas le meilleur Scorsese. On regrette presque le cinéaste ait obtenu l’Oscar du meilleur réalisateur pour Les infiltrés. Si on pense à Taxi driver, Raging bull, Les affranchis, Casino ou le mésestimé A tombeau ouvert, Les infiltrés reste un film un peu trop lisse. C’est aussi un remake, donc une redite d’une intrigue déjà vue.
Il ne faut cependant ne pas bouder son plaisir. Quand Martin Scorsese réalise un film de genre, cela vaut le déplacement (ou l’achat d’un dvd). Le rythme endiablé, la bande son électrisante, les seconds rôles moins transparents qu’à l’accoutumée, le montage expert : Les infiltrés c’est du travail bien fait ! Peut être pas le chef d’œuvre tant acclamé, mais il est sûr que l’immense qualité du film est de ne jamais être un produit tiède.
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 16/06/2007