A l’origine du hip hop.
(Un article de nos amis de http://www.umoove.fr/)
Les nominations successives de Kader Attou et de Mourad Merzouki à la tête de Centres Chorégraphiques Nationaux (conjointement à la Rochelle et Créteil) ont achevé la lente mue de la danse hip-hop. D’art de la rue, option asphalte des cités, à culture mainstream célébrée en grande pompe dans de prestigieux théâtres, la danse hip hop a écrit en près de 30 ans une des plus belles pages de l’histoire chorégraphique française.
C’est justement cette histoire que Farid Berki décide de revisiter avec Les enfants perdus, et plus précisement les origines de la danse urbaine. Nous sommes à l’orée des années 80. Alors que le mouvement Touche pas à mon pote tentait, en vain, d’intégrer la jeunesse des cités honnies, celles « où dort le béton » naît une « danse barbare » qui coûte que coûte conquerra un jour le monde.
Au pied des barres, sur un bout de carton, à côté d’un ghetto blaster s’invente une danse rageuse, pleine de tchatche et d’esbrouffe. Pour ces gosses « abonnés à l’échec en illimité » et qui rêvent d’un monde meilleur, la coupole, le break et le poppin’ sont les moyens les plus virtuoses de se prouver qu’ils existent… un peu… tout de même.
Sur un plateau complètement nu où ne trônent qu’une table de mix’ occupée par un DJ, une chaise où un jeune homme bat la mesure et un bout de carton défraichi. Autour de cet espace vide s’affaire une petite équipe, celle du spectacle à venir. Les danseurs Sébastien Lefrançois et Johnny Martinage, le comédien Karim Ammour, le DJ Fab et D’de Kabal auteur du texte vaquent à leur occupation et règlent les derniers préparatifs du spectacle. A la coule.
Les spectateurs tapent la mesure sur les classiques incontournables de la black musique en se disant en leur for intérieur : Putain ça c’était du son !, regardent les hommes s’affairés sur scène tout en parcourant le programme. Puis, alors que le noir se fait dans la salle, Karim Ammour entame son soliloque sur l’irruption de la culture hip hop dans sa vie de gamin de banlieue. C’est l’histoire d’une révélation. Les mots sonnent juste, frappent fort entre émotion et humour.
Au texte qui brosse tour à tour apprentissage compulsif du beatbox, premier rap aux beats désuets et graff mal assuré, tous largement incompris par des parents dépassés par le mouvement, s’ajoute une danse discrète. Trop sans doute car le duo des danseurs Olivier Lefrançois et Johnny Martinage, belle alliance du hip hop old school et new school se révèle être une affiche révée. De rares passages chorégraphiés, vite vampirisés par le jeu implacable de Karim Ammour, vous rappelent que vous êtes ici à un spectacle de danse. Petit bémol qui n’en est sans doute pas un car assister à une œuvre de Farid Berki c’est accepter de voir une danse métissée. Depuis toujours théâtre, flamenco, classique, capoiera, BD… que sais-je ? jalonnent son œuvre.
Avec Les enfants perdus, on reste cependant sur sa faim chorégraphiquement tant on aimerait qu’Olivier et Johnny dansent encore et encore, autant que les flots de paroles continus de Karim. Un moment magique des Enfants perdus : ce passage où, après scotché leur pré carré en forme de carton détrempé, les danseurs s’attèlent à une danse entre chien et loup , mélange de lenteur- Taï chi et de véloce hip hop. 5 minutes enchantées, trop courtes forcément.
D’de Kabal souhaitait, parlant de ces enfants perdus, que l’on « écoute ce qu’il sont ». Il eut été tout aussi passionnant de voir (un peu plus) ce qu’ils sont.
Cédric CHAORY© umoove.fr – www.umoove.fr
© Etat-critique.com - 10/06/2010