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Jeudi 24 Mai 2012Musique

 Les Bronzés font du Ch'ti

Les Bronzés font du Ch'ti

Le M.A.P.

(Pias - 2009)

Et ta critique ?




Le M.A.P. revient avec Les bronzés font du ch’ti. Un album qui assume plus que jamais sa liberté d’expression, ses origines sociales et culturelles. La sonnette d’alarme d’une jeunesse qui décrit les déviances d’une nouvelle république qui accroît les discriminations. Un pavé. Pour rehausser la tête entre révolte, espoir et solidarité.


Le premier album Debout là d’dans appelait déjà au militantisme et à la défense des droits et des libertés. Mais si le premier s’appuyait sur ses origines de Lillo et tendait à valoriser les différences en mélangeant habilement les styles avec humour. Ce deuxième album sent le souffre et la pétaudière, laissant volontiers le temps de l’humour derrière lui pour passer à l’acte. Certes le sample est toujours présent comme dans « La merde du nord » qui reprend la Mer du nord de Brel. Mais la parodie est là pour mieux comprendre conscience du fossé culturel qui s’est créé. Le régionalisme a du plomb dans l’aile et ne suffit plus à maintenir l'unité.

Refusant en bloc la bienséance du consensuel Abd-al-Malik qui veut faire croire à tous que Madame la France est belle et reconnue comme telle par la jeune génération des fils d’immigrés nord-africains, le M.A.P. décrit une France qui commence à rougir de ces engagements politiques qui abandonnent une jeunesse et en même temps organisent la chasse aux immigrés : "le fantôme s'appelle Papon"...

Jeanne Moreau est de la partie. Dans une lettre au Ministre écrite par Brigitte Wieser, membre du collectif Réseau d'Education Sans Frontières, on réentend la description d’incidents non relayés par les médias qui font froids dans le dos comme ces gens qui sautent par les fenêtres pour échapper aux polices de l’immigration. « La Chasse est ouverte » enfonçait déjà le clou avec le refrain « objectif 25 000 reconduites à la frontière ». Le MAP n’exagère rien, récemment « James Bond » vient de demander à Besson de passer à 27 000 par mois…  En ces temps de chômage, la France aux français… «Qu'est-ce que c'est que ces Portugais qui viennent retirer le pain de la bouche à nos Arabes!» dirait Coluche.

De l’autre côté, « Chouffou Ma sar, (la lettre) », révèle le malaise persistant des fils d’immigrés qui lorsqu’ils reviennent à Alger la Blanche sont vus comme des Français et ici ne trouvent par leur place dans une France qui préfère célébrer la culture américaine, le soldat Ryan, que les poilus  algériens qui ont fait couler leur sang. Une incompréhension devant des politiques de l'autruche.

Il y a bien des chansons qui rappellent le premier album comme « profession saltimbanque » qui théâtralise des personnages qui rappellent les morceaux d’R-wan de Java. Ou encore « Gduferavek » (J’ai du faire avec) qui décrit avec beaucoup d’autodérision la naissance d’un immigré « à la gueule de bougnoule ».  Mais pas d’esbroufe, le ton s’est durci.

Le M.A.P. dans un rythme souvent festif cherche à taper fort. Ici la musique est au service de paroles qui tranchent dans le vif. Des instruments souvent en boucle pour revendiquer des engagements qui défendent les opprimés, les pauvres, « La vie c’est pas facile mais faut pas s’laisser aller » clame le MAP et Kélélé. Avec une cible claire et nette : « James Bond » et sa politique. Un album revendicatif pour réveiller les consciences endormies par une politique qui elle-aussi s'est durcie. La colère gronde. La masse est en ébullition.

L'album finit sur "Salutations révolutionnaires"...




Voir aussi : Entretien avec Dias du M.A.P.


Sébastien Mounié

© Etat-critique.com - 15/04/2009