Avec Chiara Mastroianni, Catherine Deneuve, Milos Forman et Michel Delpech Le Pacte - 24 aout 2011 - 2h15
Et ta critique ?
4 décennies pour expliquer la dureté de l'Amour. Fallait il en faire autant?
Ca commence mal. Avec l'héritage de la Nouvelle Vague en bandoulière, Christophe Honoré a le don d'agacer avec un style maniéré et assez précieux. Avec ses films, ca passe ou ca casse. Il laisse, en tout cas, rarement indifférent. C'est au moins une qualité de son cinéma qui cite allégrement Jacques Demy ou François Truffaut.
Les Bien-aimés, son neuvième long métrage en neuf ans, assume une fois de plus ses influences et nous reconstitue le Paris des années 60 où Madeleine, vendeuse de chaussures, fait aussi la prostituée pour s'acheter de jolies fringues. Elle chante son insouciance et ses espoirs.
Un de ses clients lui met la bague au doigt puis l'emmène à Prague. Elle chante son bonheur. Le bon docteur Tchèque va lui pourrir sa vie sentimentale et la jeune femme profite du printemps de 1968 pour s'enfuir avec sa fille, Vera. Elle chante sa tristesse.
Le docteur refera des apparitions tout au long de l'existence de Madeleine qui à chaque fois craque pour ce drôle de bonhomme. A chaque fois, Madeleine chante. Honoré reprend le système des Chansons d'amour et l'applique dans sa reconstitution franchement laborieuse des années 60 et des années Giscard.
Tous les tics et les tocs de l'époque sont reproduits mais cela relève du procédé. On devine dans chaque plan l'hommage appuyé et surtout on plaint la pauvre Ludivine Sagnier qu'on imagine dirigée par Eric Rohmer. La soumission aux dogmes de la Nouvelle Vague va un peu loin!
Heureusement le film est une fresque familiale et le destin de Vera sera tout aussi tortueux que celui de Madeleine. La jeune femme a le vilain défaut d'aimer un homosexuel et de refuser les avances d'un brillant collègue. L'amour est un sentiment qui fait mal et qui va torturer cette femme.
Dans cette partie, la liberté de l'auteur apparaît enfin. Bizarrement cela chante beaucoup moins et l'émotion pointe enfin grâce à la complicité entre les comédiens (épatants Michel Delpech et Milos Forman) et le jeu des deux actrices principales, Chiara Mastroianni et Catherine Deneuve.
Les deux femmes sont des icones. Elles forment une famille. Réelle mais aussi de cinéma. Pour les citations, Honoré a juste à filmer Catherine et sa fille. On comprend tout de suite. Dégagé de cette courtoisie, il peut observer avec cruauté (et parfois même avec humour) la violence des sentiments.
Le réalisateur confond trop mélancolie et nostalgie mais son film, dans la durée, s'émancipe un peu de tout ce cinéma français, si respecté et intimiste. Le mélo décolle dans sa dernière demi heure. Les dernières scènes de Deneuve sont déchirantes.
Les Bien aimées de Christophe Honoré ont le mal de vivre. Sa fresque préfère l'émotion à l'Histoire. Mais les deux longues heures de métrage auront peut être raison de notre attention. On verra ce que l'on retiendra de ce joli film un peu trop verbeux.