Le dernier Nothomb est arrivé. Et, pour la première fois depuis longtemps, ça surprend.
Bon, c’est vrai, elle reprend une fois de plus ses recettes, qu’à force tout le monde connaît : l’emploi de la première personne du singulier, les prénoms à coucher dehors (quoique Aliénor, je l’avoue, me plait beaucoup), les phrases courtes et le nombre de pages pas conséquent.
Il n’empêche, un an sur deux en moyenne, Amélie Nothomb nous charme. Mais cela fait longtemps qu'elle ne m’avait pas captivée.
Certes, cet ouvrage ne sera pas mon préféré, loin s’en faut, mais il est au-dessus de la mêlée. Je sais qu’elle a probablement des contrats éditoriaux à honorer et que chaque année en septembre, des millions de fans l’attendent avec impatience, mais tout de même ! Certaines années, j’ai presque envie de dire : "De qui se moque-t-on ?" Mais cette année, non. Je n’ai pas l’impression d’être véritablement lésée. C’est déjà ça.
J’aime assez l’idée de ce quadragénaire malheureux en amour, qui n’arrive pas à entraîner la dame de ses pensées où il veut. Il en est réduit, par dépit, à devenir terroriste. Si l’on ajoute que cette dame est l’agent d’une écrivain attardée, qu’elles vivent dans un appartement insalubre d’un quartier pourtant agréable de Paris, que le narrateur est agent EDF et que les livres de la débile mentale ont des titres à coucher dehors, le décor est planté, et bien planté.
Mais Le voyage d’hiver, s’il a quelques passages amusants, n’est en rien, hélas, drolatique comme d’autres ouvrages de l’écrivain belge. On sourit, on s’attendrit, on attend, en se doutant que comme d’habitude, ça finira un peu en queue-de-poisson. Seule consolation : on ne reste pas sur sa faim, avec une vague impression de bâclé, comme ce fut le cas pour les tout derniers opus de la dame.
Qu’importe, Amélie Nothomb a certainement davantage à nous offrir. Davantage d’humour et d’épaisseur dans la narration, une histoire plus dense, un style plus alerte. S’essoufflerait-elle ? En effet, malgré toutes ses qualités, cet ouvrage, une fois achevé, évoque une boisson rafraîchissante en plein été : aussitôt consommé, aussitôt oublié.
Marie Léon
© Etat-critique.com - 19/10/2009