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Jeudi 24 Mai 2012Livre

 Le tri sélectif des ordures

Le tri sélectif des ordures

Sébastien GENDRON

Editions Bernard Pascuito - 249 pages

Et ta critique ?




Comment se débarrasser des ordures qui vous rendent la vie impossible... ou comment assister à l’avènement d’un grand auteur de polar.


Sébastien Gendron a fait paraître au printemps Le tri sélectif des ordures aux Editions Bernard Pascuito. Ce roman était déjà paru en feuilleton, entre 2005 et 2006, dans la newsletter de l’Ours Polar dont s’occupe Christophe Dupuis, amateur et découvreur de polars devant l’éternel (et même derrière).

L’histoire est la suivante : il s’agit de Dick Lapelouse, ancien porte-flingue, ancien détective privé, qui décide d’ouvrir sa petite entreprise. Il propose à tout un chacun de liquider les ordures qui les indisposent selon un cahier des chargés bien précis et à respecter et avec des prix qui proposent un service discount. Son entreprise a un numéro de SIRET et a bénéficié d’un prêt bancaire facilité par James, un chargé de clientèle plutôt filou.

Lapelouse s’est installé à Bordeaux car on le sait depuis Mauriac, la bourgeoisie a des secrets crasseux qu’elle préfère faire disparaître sous le tapis. Dans son bureau, sis en face d’un psy, Lapelouse reçoit des hommes et des femmes qui veulent voir s’évanouir dans la nature, oncle, tante, frère, amant, etc.

Tout irait pour le mieux si un jour, à l’occasion d’un contrat, un grain de sable ne venait enrayer la belle machine. Et Lapelouse se retrouvé broyé dans un engrenage qui l’étouffe. Seulement voilà, il ne faut pas emmerder Lapelouse, lui marcher sur les pieds. Arrive un moment où cela l’irrite et où il répond du tac au tac.

Au début, tout en lisant les cinquante premières pages, on est saisi par le bagout de l’auteur, sa verve. On a l’impression d’un Mocky qui aurait retrouvé ses moyens. La vision de la société est d’une noirceur bouffonne. En même temps, nous nous trouvons devant un auteur qui a une vision du monde et compte bien nous la faire partager.

Et puis, et il ne s’agit pas d’un mince compliment, lorsque les choses commencent à dégénérer, Gendron fait preuve d’une maestria qui l’apparente à Donald Westlake, à la fois l’auteur du Couperet et des casses abracadabrantesques et qui se finissent mal.

Ce roman se lit vite car on y est scotché. On ne peut le quitter. Certaines scènes sont d’une violence insoutenable mais toujours atténuée par l’humour. Bref, ce roman qu’on avait commencé en le trouvant plaisant, s’avère addictif. Et le lecteur est prêt à lire d’autres romans du même auteur pour voir quelles autres veines il explore.

Le chemin est rapide entre le début de la lecture où l’on voit les références et les révérences et la fin de la lecture où il n’y a plus de place que pour un auteur à la voix unique.



Philippe Sendek

© Etat-critique.com - 15/08/2008