Trilogie fondatrice de toute une révolution, Le syndicat du crime sort enfin en dvd et se révèle un achat indispensable. On l’avait un peu oublié : John Woo, avant d’être compressé par Hollywood, est un grand cinéaste !
On va rapidement parlé du troisième volet, le moins bon de la série. Le producteur de la série, Tsui Hark voulait rentabiliser la franchise au maximum mais Woo voulait se consacrer à un projet un peu similaire mais plus personnel, Une balle dans la tête.
Le producteur a donc pris les choses en main et réalisé un habile ersatz de la saga, pas désagréable mais beaucoup moins important et maîtrisé que les deux autres épisodes. Hark est connu pour sa folie. Woo s’est fait sur son sens du contrôle.
Le syndicat du crime et sa suite sont donc les deux films qui ont fabriqué le style John Woo et qui ont par la suite transformé le cinéma d’action mondial. Le premier est un polar sec tandis que la suite fait dans l’énormité et un final qui frise le délire.
Mais rien n’y fait, John Woo, cinéaste sans grand charisme à l’époque, se démarque avec des idées lumineuses et un sens de la mise en scène emprunté à Sergio Leone ou Martin Scorsese. Il transcende alors les règles du genre avec des personnages forts et des gunfights qui deviennent tout simplement énormes.
Les gangsters sont des chevaliers et les flingues ont remplacé les épées. L’honneur et l’amitié sont les enjeux réels des conflits tandis que le réalisateur s’applique à rendre iconique le moindre de ses héros. Inutile de dire que Chow Yun Fat doit beaucoup à ces films.
Il est aussi très amusant de voir comment le style se met en place. Le coté années 80 rend les films très exotiques mais surtout on savoure toute l’énergie qui gomme les effets du passé. Le syndicat du crime reste excitant plus de vingt ans après sa sortie.
Au delà de la performance visuelle, on s’attache aussi facilement à ses héros si classiques qu’ils deviennent incontournables. Woo modélise des vieux archétypes avec une virtuosité qu’Hollywood n’a jamais vraiment compris. Son relatif échec en Amérique prouve que Woo est un passionné et un amoureux du cinéma. Cette trilogie, inégale, est ce qu’il y a de plus jouissif en ce moment sur le marché morose du dvd.
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 29/05/2008