Le soleil se lève aussi et le spectateur va peut être se coucher devant ce déluge visuel. Complètement déconcertant, ce film est l'étrangeté du mois!
Le cinéaste Jiang Wen est en passe de devenir culte. Comme Terrence Malick, il réalise très peu de films. Le soleil se lève aussi est son troisième long métrage en 15 ans. Comme Fellini, il aime la truculence et les femmes.
Comme Kurosawa, il se permet un lyrisme qui écrase tout sur son passage. Comme Kusturica, il filme au coeur de la fête, les excès et la folie.
Les références sont nombreuses mais c'est un moyen comme un autre pour se repérer dans le foisonnant film. Très peu de repères. Jiang Wen ne respecte aucune règle. C'est sa qualité et sa limite.
Difficile de raconter ce que l'on voit à l'écran. En gros une mère pête les plombs devant son fils impuissant. Un professeur est victime de sa libido et un intello est rééduqué dans une communauté rurale.
Le lien est un homme un peu simplet qui observe ces destins très décalés. Du décalage, on passe au dérapage controlé. Jiang Wen filme avec une hargne évidente et un amour impressionnant pour le 7e art. Il l'avoue dès le début du film: il cherche plus l'émotion, la sensation que la rigueur d'une histoire avec un début et une fin.
Son film multiplie les fulgurances et les ruptures de ton. Sa vision de la révolution culturelle est d'une poésie troublante mais déroutante. Saugrenue dans sa narration, la fiction perd pied et on peut lacher prise devant ce spectacle venu d'un autre monde.
Lyrique et baroque, le film secoue et désoriente. Les images sont d'une beauté charnelle et délicieuse. Les mystères du scénario pourront se résoudre lors d'une prochaine vision. Mais le temps doit faire son travail: ce film nous embarasse tant il propose quelque chose de vraiment nouveau. ce soleil fait sérieusement chauffer nos petites têtes!
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 19/08/2008