Premier
prix Goncourt de l’éditeur Actes Sud, Le soleil
des Scorta est surtout un roman puissant et profondément
humaniste qui reste longtemps en mémoire.
Paul Auster, Nina Berberova, Don de Lillo, Nancy Huston, Alice
Ferney… En vingt-cinq ans, Actes Sud s’est constitué
un sacré catalogue. Et pourtant, depuis vingt-cinq ans,
cette petite maison d’édition devenue grande, attendait
le sacre du jury Goncourt. Non que sa raison d’être
fût de décrocher le plus prestigieux des prix littéraires
(quoi qu’on en dise), mais cette consécration échue
à Laurent Gaudé en 2004 marque comme un tournant
dans l’histoire d'un éditeur hors du commun.
Mais pour avoir longtemps attendu, Hubert Nyssen (fondateur
d’Actes Sud) et ses successeurs n’en sont que plus
heureux que la gloire soit finalement revenue à un jeune
auteur français dont le troisième roman, Le soleil
des Scorta, brille du même éclat que la mer à
Montepuccio, dans le sud de l’Italie.
Car Montepuccio est le cadre quasi exclusif de cette saga familiale
qui de 1870 à nos jours retrace les heurts, bonheurs
et malheurs de la famille Scorta. De l’ancêtre Luciano
Mascalzone à la vieille Carmella, confessant ses secrets
au curé du village, et à la jeune Anna, la première
à quitter Montepuccio pour poursuivre ses études
à Bologne, dans le nord, Laurent Gaudé nous conte
la misère de cette région des Pouilles et de ses
habitants. Il nous conte le soleil implacable et la contrebande
de cigarette. Il nous conte le départ pour une autre
vie en Amérique et le retour piteux.
En phrases simples et élégantes, empreintes d’un
humanisme, d’un amour véritable de ses personnages,
Laurent Gaudé, avec une remarquable économie d’effets,
transforme son lecteur en vieux pêcheur italien au visage
buriné et à la mémoire longue. On s’attache
à ces existences modestes et laborieuses, on pleure sincèrement
la disparition de la vieille Carmella, et l’on se rappelle
longtemps de la scène inaugurale de ce roman brûlant,
de la tragique erreur du "fondateur" de la lignée
et de sa fin tragique. Un beau coup de soleil littéraire.
Joël Fompérie
© Etat-critique.com - 07/04/2009