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Jeudi 24 Mai 2012Cinéma

 Le silence de Lorna

Le silence de Lorna

Jean Pierre DARDENNE et Luc DARDENNE

Avec Arta Dobroshi, Jérémie Renier, Fabrizio Rongione et Alban Ukaj - Diaphana films - 27 août 2008 - 1h45

Et ta critique ?




Le film noir va bien au cinéma réaliste de frères belges. Leur nouveau film est un vrai plaisir de cinéphile. Un film de genre délicieusement mêlé à une belle réflexion sur la culpabilité. Le silence est d’or !


Nous sommes en terrain connu. Les premières images sont froides, sauvages et se concentrent sur une petite brune fuyante. Lorna est albanaise. Elle vient d’obtenir la nationalité belge puisqu’elle a épousé un drogué, Claude. Le mariage blanc devrait bientôt s’arrêter et Lorna pourrait ensuite épouser un Russe pour qu’il obtienne lui aussi la nationalité.

Le plan est machiavélique. A sa tête, il y a Fabio, chauffeur de taxi qui vit d’un trafic de mariages assez douteux. Il mène à la baguette Lorna qui attend avec impatience le shoot fatal de son mari.

Elle rêve d’ouvrir un fast food avec un clandestin de son pays. Elle s’accroche à cette idée car elle est malmenée par ses trois hommes. Le spectateur aussi est bousculé. Le cinéma de Jean Pierre et Luc Dardenne ne ménage personne. C’est un cinéma cruel mais pourtant lumineux.

Sans artifice, leur œuvre cache une grande espérance. Mais elle se cache derrière des films naturalistes, scrutants les aberrations de la société et les plus démunis face au marasme. Ce n’est pas une sinécure mais un mal nécessaire car d’une grande maîtrise et d’une formidable justesse.

A la différence de Rosetta ou L’enfant, Le silence de Lorna ne se contente pas d’être une chronique. C’est un authentique film à suspense. Les Dardenne s’attache aux conventions du film noir tout en perdant rien de leur envie de naturalisme.

Petit à petit, Lorna se trouve étouffée par son mariage blanc, son amour sincère et son envie de gagner de l’argent. Dans la première partie, elle s’échappe dès que son mari lui demande de l’aide. On pense qu’elle s’épargne puis on comprend qu’elle attend la mort de ce dernier, rongé par la drogue et magnifique joué par Jérémie Rénier.

Le refus devient sous nous yeux remords et culpabilité. La morale n’existe plus dans les bas fonds mais l’humanité subsiste par l’émotion. Enceinte, Lorna met en péril le plan du chauffeur et tout son projet s’écroule. Jusqu’où ?

La tension monte doucement l’air de rien. Les personnages sont border line en permanence et imprévisibles. L’héroïne aussi. On voudrait la détester mais les frangins savent retourner les situations. Ils conservent une foi qui fait contrepoids à ce qu’il montre de manière brutale.

Le film observe la mécanique se coincer. Collée à Lorna, la caméra nous place au cœur de l’angoisse et du danger. La veine social se marie parfaitement au film noir. Lorsque l’héroïne se souhaite bonne nuit à la toute fin du film, elle conclue un suspense qui lessive et use le spectateur.

En sortant d’un film des frères Dardenne, on porte généralement le malaise de la projection. Ici, ils nous offrent une pointe de jubilation.


Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 04/09/2008