Prenez un auteur prolixe et un dessinateur vedette, ajoutez un éditeur inventif et une collection originale, et vous obtenez Le serrurier volant : un bel objet, parfait écrin pour 150 pages de plaisir romanesque et graphique.
Couverture avec effet toilé, format carnet Moleskine (jusqu’aux coins arrondis)… la collection des Carnets littéraires des éditions belges Estuaire est un très bel objet. Mais au-delà de son aspect extérieur, c’est surtout son contenu qui donne toute son originalité à cette initiative. Faire se rencontrer un auteur et un dessinateur autour d’un projet commun : un court roman illustré.
Au fil des titres déjà publiés, on trouve ainsi Marie Despléchin, Jean-Bernard Pouy, Xavier Hanotte ou Cécile Wajsbrot côté stylo, et Eric Lambé, Lorenzo Mattotti ou Johan De Moor côté pinceau.
Pour le seizième volume de cette collection, ce sont donc Tonino Benacquista et Jacques Tardi qui s’associent après que Didier Plateau, l’éditeur, leur ait tour à tour présenté le projet en leur posant la question rituelle : avec qui souhaiteriez-vous travailler ? Sans se connaître personnellement, ces deux-là se sont spontanément cooptés… et accouché, quelques mois plus tard, d’un attachant Serrurier volant et de ses mésaventures professionnelles et sentimentales.
On ne dévoilera rien ici du parcours imprévisible de Marc qui "s’était toujours contenté de ce qu’il avait et n’aspirait à rien de mieux que ce qu’il était déjà : un homme ordinaire." N’allez pas en déduire que Marc est un médiocre. Il a simplement pris suffisamment de recul avec la vie pour avoir renoncé à toute vaine ambition qui, de toute façon, finirait par se dissoudre dans le néant de la mort.
Un temps convoyeur de fonds, il réchappe miraculeusement d’un braquage sanglant. C’est donc reconverti en serrurier "express" que se noue son destin sous les traits d’une belle et mystérieuse inconnue, d’un détective privé (de scrupules) et d’un hasard extraordinaire qui lui fera croiser la route de l’un des braqueurs qui, quelques années plus tôt, avaient sauvagement attaqué son fourgon et tué ses deux collègues.
On n’en dira pas plus sur l’intrigue attachante ficelée par Tonino Benacquista, mais on insistera sur le plaisir de retrouver au fil des pages, dans une "mise en scène" impeccable, les inimitables illustrations sépia de Jacques Tardi.
On dira surtout le plaisir procuré par cet ouvrage. Un plaisir simple que Marc, le serrurier volant, appréciera aussi certainement s’il lui tombe un jour entre les mains...
Joël Fompérie
© Etat-critique.com - 23/04/2007