Un réalisateur américain peut-il faire un film d’arts martiaux convaincant ? La série des Karate Kid avait donné un début de réponse. Ce film enterre les espoirs qui auraient pu survivre.
L’adolescent brimé ? Présent. Le vieux maître chinois ? Présent. Le scénario copié dans le chapitre Contre-exemples de " La quête initiatique pour les nuls " ? Présent. Rien ne manque à l’appel pour commettre l’irréparable.
Les années 1980 étant terminées, il fallait pourtant rafistoler le concept pour que le public ne crie pas au scandale. Nous avons donc un relent de science-fiction (le voyage dans le temps), des chorégraphies au ralenti (comme dans Tigre et Dragon), de la mythologie pour faire couleur locale, des stars (Jackie Chan et Jet Li), des décors naturels et des effets spéciaux (pour imiter Tsui Hark et ses fantômes).
On pardonnera les quelques incohérences (la barrière de la langue n’existant pas grâce à une communauté anglophone bien implantée dans la Chine médiévale), les baisses de régime fréquentes, les combats qui sentent le déjà-vu, certaines prestations à la limite du ridicule, les plagiats qui fleurissent à tout va, le récit linéaire et sans imagination, la romance à deux balles qui ne fait pas du tout naturelle, la philosophie qui confond allégorie et salade auvergnate…
Non, en fin de compte, il n’y a rien à pardonner.
Seule la production design reste agréable, mais remercier seulement la Nature pour les décors qu’elle offre est un bel aveu d’impuissance artistique. Que pouvait-on attendre du réalisateur du Roi Lion, du Manoir Hanté et ses 999 fantômes, ainsi que de Stuart Little dans une telle entreprise ? On n’a que ce qu’on mérite.
La confrontation finale, tout juste sympathique, n’arrive pas à relever le film du marasme lénifiant dans lequel il avait sombré dès les trois premières minutes, générique compris. Seul petit plaisir coupable, la joie non dissimulée des Chinois à torturer le petit occidental pendant son apprentissage. Mais ça ne dure pas.
Évidemment, le jeune crétin triomphera des épreuves, montrera qu’il sait se battre et arrivera à conserver un brushing impeccable mille ans avant l’invention du sèche-cheveux. Voilà, vous savez tout. Maintenant, fuyez.
Vincent Valat
© Etat-critique.com - 23/09/2008