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Jeudi 24 Mai 2012Livre

 Le roman que je n'ai pas écrit

Le roman que je n'ai pas écrit

Linda GRANT

Traduit de l’anglais par Sylvie Finkelstein - Editions Intervalles - 280 pages

Et ta critique ?




Linda Grant, journaliste anglaise reconnue, débarque en France avec un premier texte sur Tel-Aviv et la situation d’Israël. Elle tisse un récit drôle et bouleversant dans lequel pointe la voix d’un grand écrivain.


Pour décrire la vie en Israël, il faut un livre-gigogne, situé entre les poupées russes et le bazar. Il faut aussi un talent qui permette d’explorer la violence comme la sensibilité.

Les conditions sont réunies pour Linda Grant. Elle a écrit Le roman que je n’ai pas écrit, qui décrit dans un désordre apparent les impressions et sensations éprouvées lors de ses voyages en Israël. La première partie de son livre nous égare dans un dédale de portraits hauts en couleurs de personnes et de lieux. La seconde partie plonge au cœur du conflit israélo-palestinien en tentant de sortir des lieux communs et d’obtenir un semblant d’objectivité.

Quand au talent de Linda Grant, il est énorme et pour le lecteur, il s’agit d’une sacrée découverte. Cette femme née en 1951 à Liverpool, a été une des journalistes reconnues du Guardian. Elle a écrit une histoire de la révolution sexuelle et un roman sur le déclin de sa mère, atteinte de la maladie d’Alzheimer. Ces œuvres mériteraient surement d’être traduites et l’on doit remercier chaleureusement les éditions Intervalles de nous faire découvrir cette auteure majeure.

Les rapports entretenus par Linda Grant avec Israël, sont aussi complexes que ceux qu’elle a développé avec ses parents juifs d’origine polonaise et russe. Elle a fait un séjour en terre sainte à 17 ans dans l’espoir de se faire embrasser par un bel autochtone. Ce bref  séjour n’a pas eu les effets souhaités et a été suivi par une période pro-palestinienne principalement destinée à faire enrager son père, dont elle remettait frontalement en cause l’autorité.

Et puis le temps a passé, les parents de Linda Grant sont morts. Elle est retournée en Israël et le charme a agi, concernant surtout la ville de Tel-Aviv, où elle a pris ses habitudes.

Ce livre a été écrit pendant un séjour situé pendant la seconde intifada ainsi qu’à l’occasion d’un reportage lorsque les colons religieux ont du quitter leurs habitations de la bande de Gaza.

Linda Grant décrit le charme des cafés de Tel-Aviv, des gens qui habitent cette ville et sont des romans ne demandant qu’à être écrits. Mais, ce qui retient notre attention, est sa description de soldats de Tsahal qui ont entre 18 et 23 ans et ressemblent à des enfants, sa description de l’attente et de l’humiliation des palestiniens aux postes frontières.

Linda Grant possède au plus haut point le talent de rendre vivant en deux ou trois phrases son interlocuteur. Elle nous dresse un tableau où la complexité de la situation est bien rendue. Lire son récit nous permet de comprendre pourquoi l’armée israelienne s’est embourbée au Liban l’année dernière.

Elle ne se départ jamais d’humour et d’auto-ironie mais cela ne l’exonère pas de creuser en profondeur pour y trouver non pas une mais quelques vérités.


Philippe Sendek

© Etat-critique.com - 03/08/2007