Un meurtre sauvage, un incendie dévastateur et entre les deux des êtres plongés dans le courant de leur existence. Voilà la première pierre d’une œuvre populaire et exigente.
Gunnar Staalesen est d’abord connu en France pour les aventures de Varg Veum, un détective privé de Bergen, en Norvège. Ses aventures ont été publiées par Gaïa puis reprises en Folio policier et ont bénéficé du regain d’intérêt que nous éprouvons pour les plolars du grand froid (voir Henning Mankell ou la trilogie de Stieg Larsson).
Les éditions Gaïa qui oeuvrent avec talent dans la découverte des écrivains scandinaves, sortent sur 2007 la trilogie en 6 volumes qu’il a consacrée à sa ville natale Bergen et qui s’appelle justement Le roman de Bergen.
Ce roman, il faudrait dire cette saga, est découpé en trois parties : 1900 (L’aube), 1950 (Le zénith) et 1999 (Le crépuscule).
Le premier tome de L’aube commence sur un fait qui va innerver le récit au long cours et avoir des répercussions sur les destins des personnages principaux et leurs descendants. Dans la nuit du passage au vingtième siècle, un notable est sauvagement assassinné. Chrisitian Moland le jeune inspecteur qui mène l’enquête va tomber éperdument amoureux de la jeune femme qui fut la maitresse du défunt. Cette femme qui par ailleurs travaille comme modiste chez le beau-frère de Moland, est une femme libre pour qui le sexe n’est pas tabou. Une aventurière de la chair, en avance d’une libération sexuelle mais qui le paiera dans un pays où la morale protestante sait se faire aride.
Comme dans les romans qui ont du souffle, le lecteur passe d’un personnage, d’une situation sociale à l’autre. Nous suivons le passage des ans sur des être profondément immergés dans leur situation sociale, bourgeois, femmes oisives, gens de peu.
Staalesen s’avère non seulement un conteur fluide et sûr de sa prose, mais aussi un styliste qui sait nous faire voir une ville que nous ne connaissons pas. Nous nous attachons à des personnages qui développent des vies autonomes, nous sentons presque physiquement le temps faire son œuvre.
Ce n’est pas un hasard si le roman s’achève sur l’incendie de Bergen. Le feu ravage et purifie en même temps. Accidentel, il devient symbolique et châtie ceux qui agissent en toute impunité. Le feu clot un roman dans lequel l’innocence, la grâce ont souvent été piétinées.
Est-ce pour cela que nous gardons en bouche un goût de cendre après avoir terminé le premier tome ? En tout cas, à défaut de se jeter sur le second, on sait que cela prendra le temps qu’il faudra, mais on viendra à bout du Roman de Bergen parce que son ambition assumée aboutit à une réussite littéraire...
Philippe Sendek
© Etat-critique.com - 19/10/2007