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Jeudi 24 Mai 2012Livre

 Le retour du hooligan

Le retour du hooligan

Norman MANEA

Traduit du roumain par Odile Serre et Nicolas Véron - Le Seuil - 449 pages

Et ta critique ?




Norman Manea vit à New York où il enseigne au Bard College. En 1997 il accepte d'accompagner son directeur dans un voyage en Roumanie. Il part donc dix jours dans un pays qu'il a quitté en 1986…


Ce retour sera l'occasion de témoigner de sa vie, de celle de ses parents, de la douleur de l'exil entre rêve, réalité et hallucinations.

"Le départ ne m'a pas libéré, le retour ne m'a pas fait revenir. J'habite mal à l'aise ma propre biographie." Norman Manea note cette phrase dans l'avion qui le ramène à New York. Son livre est donc une tentative de biographie où les souvenirs se déchaînent dans le désordre... On s'y perd, mais avec bonheur.

Son récit ne se réduit pas à un simple témoignage, et pourtant Norman Manea pourrait témoigner de la dureté de son époque…

Son premier voyage en train, il le fait à 5 ans, en 1941 : il quitte sa Bucovine natale dans des wagons à bestiaux vers un camp ukrainien avec ses parents et tous les juifs que la dictature du maréchal Antonescu a condamnés à la déportation. Ce premier exil est en toile de fond de tout le livre, mais il se refuse à raconter ce voyage dont ses grands-parents ne reviendront pas.

En 1945, il est libéré. "J'étais un vieillard qui allait avoir 9 ans."

À son retour, il endosse les slogans du communisme, "résolu à partager avec tous mes concitoyens la splendeur du présent que la Patrie communiste nous offrait désormais."

Mais... "à l'été 1986 je m'éloignai épouvanté de l'horreur communiste et de l'horreur nationaliste qu'elle s'était adjointe."

Entre les deux, quarante et une années où Norman Manea va s'engager dans les jeunesses communistes, devenir ingénieur puis, découvrant les persécutions, la délation, la peur, se réfugier dans l'écriture : "La littérature allait me sauver de la mutilation imposée par l'Autorité."

Son livre est une réflexion politique sur les ravages du système totalitaire. C'est aussi une réflexion sur la douleur de l'exil, la difficulté de quitter son pays, mais surtout sa langue. Son retour en 1997 lui rendra cette langue qui lui a tant manqué, mais pas sa nation, devenue un pays en ruine où la démocratie n'est qu'une parodie.

Ce livre est passionnant et bouleversant. On y partage le chagrin sans fond de l’auteur (les pages où il décrit sa visite au petit cimetière juif de Sucueva sur la tombe de sa mère sont très belles), sa désillusion vis-à-vis du genre humain (il cite une phrase de Mark Twain : "Tout ce qui m'importe est de savoir qu'un homme est un être humain - cela me suffit. Il ne peut pas être pire"), mais aussi son combat pour ne "plus servir ce à quoi [il] ne crois plus, que cela s'appelle mon foyer, ma patrie ou mon Eglise."
 
À lire, et à relire.


Véronique Cazaubiel

© Etat-critique.com - 10/04/2007