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Jeudi 24 Mai 2012Livre

 Le rapport de Brodeck

Le rapport de Brodeck

Philippe CLAUDEL

Editions Stock – 400 pages

Et ta critique ?




Dans son nouveau roman, Le rapport de Brodeck, Philippe Claudel aborde le thème de l’altérité : comment accueille-t-on l’autre, "der Anderer", celui qui est différent et que l’on ne comprend pas.


Dans un petit village perdu dans la montagne, meurtri par de lourds secrets et par la guerre, un étranger débarque avec son cheval et son âne.

Il s’installe à l’auberge et dérange par sa façon de parler doucement, par sa physionomie, son air absent, ses habitudes… On le surnomme "der Anderer", celui dont on ne veut pas et qui va être rejeté par la Communauté, au point d’être assassiné un soir dans l’auberge.

On demande alors à Brodeck d’écrire un rapport qui expliquera ce qui s’est passé. Brodeck n’est pas originaire du village, il est arrivé il y a bien longtemps avec Fedorine, la vieille femme qui l’a recueilli quand ses parents sont morts dans un pogrom.

A l’époque, la guerre n’avait pas encore meurtri les hommes et la méfiance ne s’était pas installée : Fedorine et Brodeck avaient été chaleureusement acceptés. Depuis, Brodeck a été déporté. Il va écrire ce rapport, mais dans le même temps il écrira également sa propre histoire : la déportation, au prix de quelles humiliations et lâchetés il a survécu, mais également l’amour pour sa femme Emelia et son affection pour Fedorine.

Dans ce village, le climat est étouffant, chacun s’observe, l’état de guerre est permanent, laissant la place aux pires penchants humains car "l’idiotie est une maladie qui va bien avec la peur. L’une et l’autre s’engraissent mutuellement, créant une gangrène qui ne demande qu’à se propager."

Le récit est construit de manière non linéaire, avec de nombreuses ruptures, mais nous revenons toujours au même endroit, au cœur du village car il n’est pas possible d’échapper au regard et au jugement des autres.
 
La fin de ce brillant roman ne doit pas être révélée : il suffit de savoir que cette histoire est entachée de secrets qui nous seront petit à petit dévoilés, que nous sommes tous l’Anderer de quelqu’un et que Philippe Claudel excelle dans la description de ce village perdu, de la rugosité de ses habitants et de la profonde humanité de celui qui se sent "Autre".  Or, on le sait : "l’enfer, c’est les autres".

Le rapport de Brodeck s'est vu décerner en 2007 le Prix Goncourt des Lycéens.


Véronique Cazaubiel

© Etat-critique.com - 21/03/2008