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Jeudi 09 Février 2012Livre

 Le premier qui pleure a perdu

Le premier qui pleure a perdu

Sherman ALEXIE

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Valérie Le Plouhinec - Albin Michel - 284 pages - A partir de 12 ans

Et ta critique ?




Gros coup de cœur de la rentrée littéraire pour les adolescents. Une perle d'humour et de sensibilité : l'histoire d'un indien qui quitte sa réserve natale en espérant un avenir meilleur que celui d'habitude réservé à ceux de son sang.


"Je ne suis qu'un minable gosse de réserve qui vit avec sa famille minable sur la minable réserve indienne de Spokane."
Voilà comment se présente Junior juste après avoir évoqué l'hydrocéphalie qu'il avait a sa naissance, raison pour laquelle, à 14 ans, il bégaye et zozote encore ce qui fait de lui "le plus grand gogol du monde."

Oui Junior a un solide sens de l'humour et, au vu de sa situation, c'est plus que vital. Jeune indien d'un peuple vivant dans une réserve où, par définition, "les rêves ne se réalisent pas. Les occasions ne se présentent pas. Ni les choix. [Ils sont] pauvres, c'est tout. C'est tout ce qu'[ils sont]."

Junior essaie de se frayer un chemin entre l'alcoolisme de ses parents, l'ambiance glauque de désillusion programmée du lycée de Spokane et les autres indiens de la réserve. Il est aidé en partie par son meilleur ami, Rowdy (" le garçon le plus dur de la réserve") qui est là pour le défendre quand il y a de la bagarre, et lui rappeler que personne ne sera là pour le regretter s'il venait à mourir.

Mais un jour, Junior va rejeter son héritage, il n'en peut plus d'être destiné à perdre sans même avoir joué. Le déclencheur va être son manuel de géométrie, une matière qu'il adore. Mais ce livre, il va pourtant le jeter à la figure de son professeur Mr P. La raison de cet acte de violence ? Sur la page de garde on peut lire le nom de sa mère : "Cela veut dire qu'[il contemplait] un livre de géométrie qui avait au moins trente ans de plus que [lui]." Goutte d'eau de trop dans un vase tordu.

Junior va se faire renvoyer et, de ce fait, prendre la plus grande décision de sa vie : changer de lycée. Mais pas n'importe lequel, celui de Reardan, celui de l'autre côté de la route de la réserve, le lycée des blancs. Il va donc être le premier indien à quitter la réserve de cette façon, et ça ne va pas être facile.

Comme le dit Neil Gaiman sur la quatrième de couverture, "Le premier qui pleure a perdu est vraiment excellent, poignant et hilarant, réconfortant et sincère, sage et intelligent." Tous les adjectifs nécessaires sont là et pourtant il en manque encore beaucoup. Notamment magnifique, sensible, juste...

C'est vraiment un bel exemple d'humanité, et de courage que nous raconte Junior. Il nous parle, nous dessine (avec les illustrations drôlissimes de Ellen Forney) son histoire, et nous prend ainsi par la main pour nous entraîner avec lui dans sa sale/belle histoire. Avec ses vrais problèmes et ses vraies peurs, le tout sans filtre et sans nous épargner.

On ressent très fortement que la plupart de ces situations ont été vécues au plus près. L'auteur américain Sherman Alexie, reconnu comme un des auteurs contemporains les plus talentueux de sa génération, a créé un personnage très attachant de par son intelligence et sa rage de vivre pour son premier roman destiné à la jeunesse. Le tout servi avec une écriture magnifique et qui sonne juste.

On est invité à vivre dans une réserve parmi tant d'autres dans laquelle sont parqués des indiens désabusés, et d'où le rêve américain a été banni dès sa création. Et on n'en ressort pas indemne.


Claire Couthenx

© Etat-critique.com - 10/09/2008