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Jeudi 24 Mai 2012Livre

 Le musée des poissons morts

Le musée des poissons morts

Charles D'AMBROSIO

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par France Camus-Pichon - Albin Michel - 255 pages

Et ta critique ?




Il a fallu attendre dix ans après Le cap pour avoir des nouvelles des nouvelles de Charles D’Ambrosio. On est prêt à attendre encore dix ans si la qualité se trouve au rendez-vous, comme ici.


En lisant la première nouvelle du Musée des poissons morts de Charles D’Ambrosio, on a la gorge serrée et l’impression qu’une main étrangère nous broie l’estomac. Et pourtant, rétrospectivement, il s’agit de la nouvelle la plus douce du recueil.

En effet, si vous êtes adeptes de livres qui apportent soutien et réconfort, passez votre chemin. D’Ambrosio nous raconte l’Amérique des sans-grade, des paumés dont la route n’est pas une ligne droite. Il nous plonge dans des situations inextricables, où le fait de continuer sa misérable vie est la plus insigne des victoires.

Un homme dont le métier consiste à réparer des machines à écrire s’occupe de son fils schizophrène, sa femme ayant deserté la maison. Un scénariste en dépresssion placé dans une institution, y rencontre une ballerine qui s’écrase des cigarettes sur tout le corps. Un type à la ramasse construit les décors d’un film porno.

Sans compter deux nouvelles qui sont le cœur du recueil et qui se répondent. Dans Là-haut vers le Nord : un type trompé par sa femme, est invité par la famille de celle-ci pour tuer la dinde de Thanksgiving. Dans Bénédiction : un couple a acheté une maison dans un endroit pluvieux et y invite la famille de la femme, famille qui passe son temps à se chercher des crosses.

Cela pourrait être fastidieux ou insupportable à la lecture, il n’en est rien. La raison en est la suivante. Charles D’Ambrosio nous captive grâce à son style, infiniment poétique, mais qui ne demeure jamais loin du prosaïsme et de la réalité. Un mélange de beauté qui prendrait son essor sur la fange du quotidien.

Et cela correspond tout à fait à la vision de D’ambrosio concernant la nature humaine. Il nous montre des êtres qui ne savent plus où ils en sont, et qui sont souvent, il faut le dire, dans des situations lamentables. Mais ces personnages continuent à avancer là où tant d’autres baisseraient les bras et resteraient immobiles.

Le voilà l’espoir qui rend supportable la lecture de ce recueil de nouvelles et qui n’est pas loin des Pensées de Blaise Pascal : l’homme est un roseau, le plus frèle des roseaux, il ploie sous le vent mais il ne se couche pas.

Vous le compendrez sans doute : la lecture du Musée des poissons morts peut être éprouvante, mais ce livre s’apparente à de la grande littérature.


Philippe Sendek

© Etat-critique.com - 29/05/2007